Photo : Les participants en famille à Cotonou, ce lundi 2 février
L’intégration régionale en matière de santé franchit une nouvelle étape. L’Organisation Ouest Africaine de la Santé (OOAS) a réuni à Cotonou, lundi 2 février, un atelier régional stratégique dédié à l’alignement et à l’harmonisation des curricula de formation des médecins spécialistes et des chirurgiens-dentaires dans l’espace CEDEAO. La cérémonie d’ouverture a été placée sous l’autorité du ministre de la Santé, Prof Benjamin Bodounrin Hounkpatin, entouré de représentants des États membres, du Conseil Africain et Malgache pour l’Enseignement Supérieur (CAMES), des collèges professionnels, des doyens des facultés de sciences de la santé, ainsi que d’experts et partenaires techniques venus de toute la région.

Dans son allocution, le ministre béninois a insisté sur l’importance cruciale de cette harmonisation pour la sécurité sanitaire des populations ouest-africaines. À en croire le collaborateur direct du président Patrice Talon, la qualité de la formation spécialisée conditionne directement celle des soins, la sécurité des patients et la crédibilité des systèmes de santé. Il a également rappelé que l’alignement des diplômes et des standards académiques constitue un levier majeur d’intégration régionale, en facilitant la reconnaissance et l’équivalence des qualifications entre États membres.
Disparités dans la qualité des formations
Représentant le Directeur général de l’OOAS, Dr Melchior Athanase Joël Codjovi Aïssi, le Chargé de programme Médical et Responsable de la Formation et des Ressources Humaines en Santé, Prof Joseph Olorunda, a dressé un constat sans détour : la région reste confrontée à un déficit persistant de ressources humaines qualifiées, aggravé par des disparités dans la qualité des formations. Il a rappelé que depuis 2007, l’OOAS travaille avec ses partenaires à l’élaboration de curricula harmonisés, de critères d’accréditation et de politiques de formation visant à promouvoir la mobilité des professionnels et à améliorer la qualité des services de santé.
Faire face à la forte charge de morbidité
Le président de la Sierra Leone, Julius Maada Bio, en exercice de la CEDEAO, représenté par la présidente du Collège Post-Universitaire des Infirmières et Sages-Femmes d’Afrique de l’Ouest, Dr Joan Shepherd, n’est pas allé par quatre chemins pour saluer les efforts de structuration de la formation spécialisée menés par l’OOAS. L’autorité sierra-leonaise a souligné que la disponibilité de spécialistes qualifiés demeure essentielle pour faire face à la forte charge de morbidité qui pèse sur les systèmes de santé de la région. Les milieux académiques ont également exprimé leur engagement.
Meilleure rétention des professionnels de santé
C’est à travers la voix du Vice-Doyen Médecine à la Faculté des Sciences de la Santé de Cotonou, Prof Ulrich Vodouhè, que les doyens ont estimé que l’harmonisation des curricula renforcera la qualité de la formation, facilitera la circulation des apprenants et contribuera à une meilleure rétention des professionnels de santé en Afrique de l’Ouest. Du côté des collèges professionnels, l’occasion est propice pour une plaidoirie. En effet, le Professeur Philip Mshelbwala, du Collège des Chirurgiens d’Afrique de l’Ouest à l’Université d’Abuja, a plaidé pour une collaboration interdisciplinaire soutenue afin de produire des référentiels de formation adaptés aux réalités épidémiologiques, sociales et économiques de la région.
Renforcer l’intégration académique
Le CAMES, par la voix du Directeur des Programmes en charge des Comités Consultatifs Inter-Africains des Concours d’Agrégation, Prof Doumma Ali, a salué une initiative en droite ligne avec son Plan stratégique 2024-2028. L’institution y voit un outil déterminant pour renforcer l’intégration académique et la mobilité des apprenants et des enseignants-chercheurs à l’échelle africaine. Pour le Président du Conseil Régional pour la Formation des Professionnels en Santé (CRFPS), Prof Agnon Koffi Balogou, l’impact de ces travaux dépasse déjà l’espace CEDEAO. Et pour cause, plusieurs modèles de formation développés dans la région servent désormais de références dans d’autres parties du continent, illustrant le rôle moteur de l’Afrique de l’Ouest dans l’innovation en formation sanitaire.
Adoption de référentiels harmonisés
Pendant plusieurs jours, les participants examineront la nomenclature des diplômes, la durée et les conditions d’admission aux formations spécialisées, les contenus pédagogiques, les méthodes d’enseignement et les mécanismes d’évaluation. L’objectif affiché est l’adoption de référentiels harmonisés appelés à devenir des normes régionales pour la formation spécialisée en sciences de la santé. Au-delà de l’exercice académique, l’enjeu est clair : former davantage de spécialistes compétents, capables de répondre aux défis sanitaires croissants de l’Afrique de l’Ouest, tout en consolidant la reconnaissance mutuelle des qualifications et la solidarité régionale en matière de santé.


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