Photo : Le Chef de la Division Climat des Affaires à l’UEMOA, Bou Sidibé (M, teint clair), en famille avec les participants, à Cotonou, mercredi 11 février
L’avenir de la transformation économique dans l’espace de l’Union Économique et Monétaire Ouest-Africaines (UEMOA) se joue désormais sur un terrain stratégique : celui du Dialogue Public-Privé (DPP). Réunis à Cotonou, du lundi 9 au mardi 10 février, dans un premier temps, puis dans un second temps le mercredi 11 février, dans le cadre d’un atelier régional consacré à la structuration du DPP, experts et décideurs ont convergé vers une même conviction : sans engagement politique fort et sans un secteur privé structuré, le dialogue reste formel et sans impact réel. La rédaction differenceinfobenin.com et du quotidien « Différence Info » du Groupe de presse « DIFFÉRENCE », ici à Porto-Novo, sont allées au fond de cette réforme économique pour ressortir les conditions indispensables pour que le DPP régional soit réellement efficace et non seulement consultatif.
L’engagement politique, condition première
Pour les participants, le Dialogue Public-Privé ne peut être réduit à un simple espace de concertation. Il constitue avant tout un choix de gouvernance économique. Autrement dit, une volonté assumée des autorités publiques d’intégrer le secteur privé dans la conception, la mise en œuvre et l’évaluation des politiques économiques. Un DPP efficace suppose ainsi un engagement clair au plus haut niveau de l’État. Cet engagement doit être transversal, impliquant l’ensemble des ministères et administrations concernés. Il ne s’agit pas d’un exercice de communication, mais d’une démarche structurée visant à créer un climat de confiance durable entre pouvoirs publics et opérateurs économiques. Les experts insistent : tant que le dialogue n’est pas porté politiquement et institutionnellement, les réformes en faveur du secteur privé produisent des résultats limités. À l’inverse, lorsqu’il est soutenu au sommet de l’État, le DPP devient un véritable levier d’accélération des réformes et de sécurisation des investissements.
Un secteur privé organisé et responsable
Deuxième pilier incontournable : la structuration du secteur privé lui-même. Pour que le dialogue soit équilibré et productif, les entreprises doivent parler d’une voix claire, formuler des propositions argumentées et comprendre les contraintes de l’action publique. Un secteur privé fragmenté ou insuffisamment organisé peine à influencer efficacement les politiques économiques. À l’inverse, lorsqu’il est structuré autour d’organisations représentatives fortes et crédibles, il devient un partenaire stratégique capable de co-construire des solutions adaptées aux réalités du terrain. Cette double exigence (engagement politique et secteur privé structuré) fonde ce que le Consultant spécialiste du développement du secteur privé et de la compétitivité, Jean-Yves Sinzogan, qualifie de « co-gouvernance économique ». En clair, un DPP efficace repose sur un double mouvement : un « dialogue public-public », pour assurer la cohérence de l’action gouvernementale, et un « dialogue privé-privé » afin que les entreprises parlent d’une voix claire et constructive. « Quand les deux camps sont organisés et se comprennent, ils peuvent se retrouver autour d’un cadre commun pour développer ensemble l’économie. », conclut Jean-Yves Sinzogan.
L’UEMOA mise sur l’harmonisation régionale
Dans cette dynamique, la Commission de l’UEMOA entend aller plus loin en harmonisant les cadres nationaux de Dialogue Public-Privé. Les réalités diffèrent encore d’un État membre à l’autre : certains disposent de mécanismes institutionnalisés, d’autres fonctionnent de manière plus informelle. L’ambition régionale est donc claire : mettre en place un cadre cohérent, comparable et efficace dans l’ensemble des pays de l’Union. « Cette harmonisation permettra non seulement de renforcer le climat des affaires, mais aussi de consolider l’intégration économique régionale. », indique le Chef de la Division Climat des Affaires à l’UEMOA, Bou Sidibé. Il convient donc de noter qu’en structurant le Dialogue Public-Privé à l’échelle communautaire, l’UEMOA affirme sa volonté de faire du DPP un outil stratégique au service de la transformation structurelle des économies.
Vers une transformation économique durable
Au-delà des principes, l’enjeu est concret : accélérer l’industrialisation, attirer des investissements de qualité et créer des emplois durables. Dans des économies où les risques peuvent être élevés, les investisseurs ont besoin de visibilité, de prévisibilité et d’interlocuteurs fiables. Un DPP efficace devient alors un mécanisme de sécurisation institutionnelle. Il permet d’anticiper les blocages, d’ajuster les réformes et de bâtir un environnement propice à la croissance. En misant sur la co-gouvernance, l’UEMOA, sous le leadership d’Abdoulaye Diop, envoie un signal fort : la transformation économique ne peut être décrétée unilatéralement. Elle se construit dans un partenariat structuré, fondé sur la confiance, la responsabilité partagée et l’engagement politique assumé. Dans la capitale économique béninoise, le message est sans équivoque : c’est dans l’alliance stratégique entre États déterminés et secteur privé organisé que se joue l’avenir économique de l’Union.


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