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DHIS2 et automatisation : Depuis Cotonou, l’OOAS pose les bases d’une intelligence sanitaire régionale

Photo : Les participants en famille, à Cotonou, ce lundi 2 mars


La capitale économique béninoise abrite, du lundi 2 au vendredi 6 mars, un atelier régional consacré à la mise en œuvre du partage automatisé des données de routine de l’information sanitaire – Phase 1. L’initiative est portée par l’Organisation Ouest Africaine de la Santé (OOAS), institution spécialisée de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), dans le cadre de son programme prioritaire sur les systèmes d’information en santé et la recherche pour la santé. Cette rencontre stratégique se tient parallèlement à la Réunion du comité technique du Mécanisme de Financement Régional des produits et interventions en santé de la reproduction dans l’espace CEDEAO (MER), également organisée à Cotonou avec l’appui de la KFW, coopération financière allemande.

Capitaliser sur un succès régional

Au cours des cinq dernières années, l’OOAS que dirige Dr Melchior Athanase Joël Codjovi Aïssi a déployé avec succès un mécanisme de transfert automatisé des données de surveillance épidémiologique des États membres vers sa plateforme régionale. Cette innovation a permis un suivi quasi en temps réel des maladies prioritaires dans l’espace CEDEAO, réduisant les délais de déclaration de plusieurs mois à quelques jours, tout en améliorant la qualité et la complétude des données. Forte de ces résultats, l’institution régionale ambitionne désormais d’étendre cette approche aux données de prestation des services de santé de routine. L’objectif : transformer la production de renseignements sanitaires régionaux en fournissant des données standardisées, harmonisées et disponibles en temps opportun sur des indicateurs clés tels que le VIH/Sida, la tuberculose, la santé reproductive, maternelle, néonatale, infantile et adolescente (RMNCAH), la lutte contre le paludisme ou encore la couverture vaccinale.

Quatre pays pilotes en première ligne

Pour garantir une mise en œuvre méthodique et fondée sur des preuves, l’OOAS a sélectionné quatre pays pour cette première phase : le Togo, la Gambie, le Libéria et la Sierra Leone. Ces États ont été retenus en raison de la maturité de leurs systèmes nationaux d’information sanitaire (SNIS), largement basés sur la plateforme DHIS2, de leur engagement en faveur du partage des données et de leurs performances en matière d’innovation numérique en santé. L’atelier de Cotonou vise à poser les bases techniques et opérationnelles du transfert automatisé des données de routine depuis les plateformes nationales DHIS2 vers la plateforme régionale de l’OOAS. Il devra également définir une feuille de route claire pour l’extension progressive du mécanisme aux douze États membres de la CEDEAO.

Répondre aux défis actuels de l’information sanitaire

Actuellement, l’OOAS produit des statistiques régionales annuelles et des bulletins trimestriels de santé couvrant les principaux indicateurs de prestation des services. Toutefois, ce processus demeure confronté à plusieurs défis : délais importants de disponibilité des données, erreurs liées aux compilations manuelles, intensité en ressources humaines et difficultés d’harmonisation des définitions et formats d’indicateurs entre pays. L’automatisation apparaît ainsi comme une réponse stratégique à ces contraintes. Elle permettrait non seulement de réduire la charge de travail des équipes nationales, mais aussi de renforcer la fiabilité des analyses régionales et la pertinence des décisions programmatiques.

Objectifs techniques et harmonisation régionale

Au cours de cette phase 1, les experts travailleront sur quatre axes majeurs :

  • l’évaluation de la qualité des données nationales,
  • l’harmonisation des indicateurs régionaux avec les éléments de données DHIS2,
  • la mise en place de l’interopérabilité technique entre systèmes nationaux et plateforme régionale, et
  • l’élaboration d’un cadre reproductible pour la mise à l’échelle.

Concrètement, il s’agira de concevoir une architecture technique robuste, de développer des processus d’extraction, de transformation et de chargement des données (ETL), de configurer des protocoles de transfert sécurisés intégrant des mécanismes de validation automatisée, puis de tester les flux avec des données historiques et en temps réel. Parmi les résultats attendus figurent la mise en service d’un système de transfert entièrement automatisé entre les instances nationales DHIS2 et la plateforme régionale de l’OOAS, ainsi que l’harmonisation complète des indicateurs régionaux, avec des définitions standardisées, des métadonnées documentées et des niveaux de désagrégation uniformisés.

Vers une gouvernance renforcée des données de santé

Au-delà de la dimension technique, l’initiative s’inscrit dans une dynamique plus large de renforcement de la gouvernance des données de santé en Afrique de l’Ouest. En améliorant la disponibilité, la rapidité et la qualité des informations sanitaires, l’OOAS entend soutenir une prise de décision fondée sur des données probantes et consolider la coordination régionale. À terme, cette transformation numérique des systèmes d’information sanitaire pourrait constituer un levier déterminant pour l’efficacité des politiques de santé publique et pour la résilience des systèmes de santé face aux urgences sanitaires dans l’espace CEDEAO.

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