Photo : Illustration image du président russe Vladimir Poutine et d’une citoyenne musulmane
Dans un tournant symbolique et juridique, les autorités russes ont officiellement annoncé l’autorisation du port du hijab et d’autres foulards à caractère religieux sur les photos d’identité officielles, y compris celles figurant dans les passeports et autres documents d’État. Cette mesure, qui entre dans une nouvelle dynamique de reconnaissance de la diversité religieuse dans le pays que dirige Vladimir Poutine, marque un recul notable par rapport aux pratiques d’antan.
Le visage reste entièrement visible…
Selon un décret publié récemment par le ministère russe de l’Intérieur, les citoyens et demandeurs de documents d’identité pourront désormais poser pour leurs photos tout en portant un couvre-chef religieux, à condition que le visage reste entièrement visible et que rien ne dissimule les traits essentiels utilisés pour l’identification. Cette précision reflète la volonté du gouvernement russe de concilier liberté religieuse et exigences techniques en matière de sécurité et de reconnaissance faciale policière.
Fin à plusieurs décennies de règles strictes
Ce changement met fin à plusieurs décennies de règles strictes héritées de l’époque soviétique, où les couvre-chefs religieux étaient généralement bannis des photos officielles. Dans les années 1990, une interdiction avait été réinstaurée, mais des décisions juridiques ultérieures, notamment un arrêt de la Cour suprême russe en 2003, avaient déjà ouvert des brèches en faveur du port de ces couvre-chefs pour des motifs religieux.
Une réponse à la diversité religieuse du pays
Kremlin a justifié cette évolution en soulignant le caractère multinational et multi-religieux de la Fédération de Russie, où plusieurs confessions coexistent au sein d’une population composée de centaines de groupes ethniques et religieux. Selon Biysultan Khamzaev, membre du comité de la Douma chargé de la sécurité et de la lutte contre la corruption, cette réforme vise à permettre à « ceux dont la foi ne permet pas de se montrer sans couvre-chef devant des étrangers » de respecter leurs convictions personnelles sans être pénalisés dans les démarches administratives.
Des conditions strictes, réactions et perspectives
Le texte maintient toutefois des conditions strictes : les foulards couvrant partiellement ou totalement le menton ou le contour du visage resteront refusés, afin de garantir que les clichés remplissent toujours leur fonction d’identification sécuritaire. Cette annonce a suscité des réactions variées, tant à l’intérieur du pays qu’à l’étranger. Pour certains observateurs, cette mesure constitue un pas vers une meilleure reconnaissance des droits des minorités religieuses dans un pays souvent critiqué pour ses tensions interethniques et l’équilibre fragile entre laïcité et traditions religieuses. D’autres estiment qu’elle représente une réponse pragmatique aux réalités démographiques de la Russie contemporaine, où la communauté musulmane est l’une des plus importantes derrière la majorité orthodoxe.
Visibilité des signes religieux
Quoi qu’il en soit, cette décision s’inscrit dans un contexte plus large de débats mondiaux autour de la visibilité des signes religieux dans les espaces publics et institutionnels, thème au cœur des discussions sur liberté individuelle, sécurité et cohésion sociale.


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