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Révolution éducative : Apprendre la loi pour éviter la prison, le pari audacieux d’un procès d’enfants à Ouidah

À Ouidah, ce week-end, la justice a pris, le temps d’une matinée, le visage de l’enfance. Samedi 21 février, treize (13) jeunes initiés aux systèmes de justice ont donné vie à un procès fictif, point d’orgue d’un programme d’éducation juridique porté par Junior Déguénon et soutenu par l’ONG BON SECOURS. Dans la salle gracieusement mise à disposition par le CCRI John Smith, parents, autorités locales, acteurs judiciaires et partenaires ont assisté à une audience pas comme les autres. À la barre, derrière le pupitre ou assis au greffe, des enfants. Mais loin d’un simple jeu de rôles, c’est une véritable leçon de citoyenneté qui s’est jouée sous les regards attentifs.

Initier pour prévenir

« Un enfant qui comprend la loi est un enfant mieux protégé, plus responsable et plus libre. », a martelé le promoteur Junior Déguénon dans son allocution. Pour lui, l’objectif dépasse le symbole : il s’agit d’ancrer, dès le plus jeune âge, la culture du droit et le respect des règles. À Ouidah, le programme a permis à treize (13) enfants d’être formés gratuitement aux fondamentaux du système judiciaire : compréhension des droits et devoirs, fonctionnement des institutions, conséquences des actes posés. « La prison ne doit jamais être le premier lieu d’apprentissage du droit pour un enfant. », a insisté le promoteur, plaidant pour une approche fondée sur la prévention et l’éveil des consciences. Dans un monde marqué par l’influence grandissante des réseaux sociaux et de l’intelligence artificielle, il estime urgent d’outiller les jeunes face aux dérives possibles. « Initions-les à la loi avant qu’ils ne la découvrent dans la douleur. », a-t-il lancé, appelant les parents à accompagner davantage leurs enfants dans l’usage des outils numériques.

Un engagement collectif

L’initiative a pu voir le jour grâce à l’implication de plusieurs acteurs locaux, dont la Commissaire de police Colonel Innocentia Monteiro Apovo, marraine de cette première édition. Juriste de formation et fille de Ouidah, elle a salué « une initiative d’une portée remarquable et durable ». Dans son discours, la Commissaire a rappelé la réalité du terrain :

« Je vois des enfants victimes, mais également auteurs ou complices d’actes répréhensibles. L’ignorance du droit et le déficit d’encadrement peuvent conduire trop tôt nos jeunes à tomber sous le coup de la loi. »

Pour elle, ce programme constitue « un puissant outil de prévention », capable d’anticiper et d’orienter les comportements. Elle n’a pas caché son ambition : faire de ce procès fictif un rendez-vous national, puis régional, réunissant des enfants venus de toutes les régions du Bénin et, à terme, d’autres pays d’Afrique de l’Ouest. Les remerciements ont également été adressés à Rémi Apovo, président de l’ONG BON SECOURS, octogénaire engagé, dont la mobilisation a été saluée, ainsi qu’aux encadreurs et bénévoles ayant effectué le déplacement depuis Cotonou et d’autres villes, voire de l’étranger.

Une justice comprise, non redoutée

Tour à tour, les enfants ont incarné juge, procureur, avocat et greffier. Argumentation structurée, écoute attentive, respect du contradictoire : la prestation a impressionné l’assistance. « Ils ne jouent pas seulement, ils apprennent. », a souligné Junior Déguénon. Au-delà de la performance, le message est clair : la justice ne doit pas être perçue comme une menace, mais comme un cadre protecteur garant de la dignité humaine et du vivre-ensemble. En clôture, la marraine a lancé un appel vibrant aux jeunes :

« Continuez à apprendre, à questionner, à rêver grand. Le Bénin dont nous rêvons se construira par votre engagement, votre intégrité et votre sens de la justice. »

À Ouidah, ville d’histoire et de mémoire, cette première édition du procès fictif des enfants aura semé des graines d’espoir. Celles d’une génération consciente de ses droits, responsable dans ses choix et résolument tournée vers la construction d’une société plus juste.

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