Photo : Le présidium sous la haute autorité du chef de la mission d’observation électorale de la CEDEAO, l’ancien président ghanéen Nana Akufo-Addo, à Cotonou, ce vendredi 10 avril
À quarante-huit heures d’un rendez-vous électoral décisif, la Communauté Économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) affiche une mobilisation totale au Bénin. Entre rencontres institutionnelles, séances de coordination et discours officiels, l’organisation régionale entend jouer pleinement son rôle d’accompagnateur pour garantir un scrutin transparent, inclusif et conforme aux standards démocratiques.
Une mission structurée autour d’un objectif : la crédibilité du scrutin
Réunis à Cotonou, ce vendredi 10 avril, observateurs, diplomates, experts électoraux et acteurs de la société civile ont été au cœur d’une série d’échanges de haut niveau. Le Représentant Résident de la CEDEAO au Bénin a introduit les échanges en rappelant le sens profond de cette mission. Selon Amadou Diongue, l’observation électorale dépasse la simple présence sur le terrain. Elle vise à « améliorer la sincérité du scrutin et renforcer la participation citoyenne », grâce à une démarche active fondée sur l’analyse, les recommandations et le dialogue avec les institutions nationales. Il a également salué les progrès réalisés par les autorités béninoises dans la prise en compte des recommandations issues des précédents scrutins.
Un contexte régional sous tension, un devoir de solidarité
Prenant la parole à son tour pour le mot de bienvenue, le Commissaire aux Affaires Politiques, Paix et Sécurité (APPS) de la CEDEAO a replacé cette mission dans un contexte géopolitique préoccupant. Entre montée du terrorisme, extrémisme violent et coups d’État dans la sous-région, il a insisté sur la nécessité de « défendre la démocratie par les urnes et non par les armes ». « La pire des démocraties vaut mieux qu’une dictature. », a martelé Abdel Fatau Musah, appelant à une mobilisation collective pour préserver les acquis démocratiques. Il a également rappelé le rôle historique du Bénin, pionnier des conférences nationales en Afrique francophone depuis 1990, et symbole d’un héritage démocratique à consolider. Dans ce contexte, la désignation de Nana Akufo-Addo à la tête de la mission a été présentée comme un choix « stratégique et symbolique », incarnant l’engagement pour la démocratie et la souveraineté africaine.
« Observer, c’est renforcer la démocratie. »
Nana Akufo-Addo
Dans son discours d’ouverture, le Chef de Mission a exprimé « un profond honneur » de conduire cette opération au nom de la CEDEAO, sous l’autorité du président de sa Commission, Dr Omar Alieu Touray. Saluant l’hospitalité du Bénin, il a insisté sur la portée stratégique de l’observation électorale. « Observer une élection est un outil essentiel pour renforcer la confiance du public, protéger les droits civiques et prévenir les fraudes. », a affirmé Nana Akufo-Addo. Citant Winston Churchill, il a rappelé que « la démocratie reste le meilleur système, malgré ses imperfections ».
Un dispositif d’observation d’envergure
La mission déployée par la CEDEAO au Bénin repose sur un dispositif conséquent : 15 observateurs à long terme présents depuis le 23 mars, et ce jusqu’au 17 avril prochain, environ 120 observateurs à court terme et 25 jeunes observateurs. Ensemble, ils couvriront les différentes phases du processus électoral sur l’ensemble du territoire. Au total, près de 7,9 millions d’électeurs sont attendus dans plus de 17 000 bureaux de vote, y compris dans la diaspora. La mission devra produire un rapport détaillé, accompagné d’une déclaration préliminaire reflétant fidèlement les observations faites sur le terrain.
Des institutions clés sous le regard de la CEDEAO
En amont du scrutin, la délégation a multiplié les consultations avec les institutions centrales du processus électoral, notamment la Commission Électorale Nationale Autonome (CENA), la Cour Constitutionnelle du Bénin et la Haute Autorité de l’Audiovisuel et de la Communication (HAAC). Ces échanges ont permis de saluer les avancées enregistrées, notamment en matière de transparence, de gestion des résultats et d’équité dans l’accès aux médias.
Neutralité, rigueur et responsabilité
Face aux observateurs, Nana Akufo-Addo a été clair : la mission devra être conduite dans le strict respect des principes d’impartialité et d’indépendance. « Évitez toute interférence ou prise de position », a insisté le chef de Mission, appelant à une observation rigoureuse et objective.
Un test démocratique pour toute la sous-région
Au-delà du Bénin, ce scrutin représente un enjeu majeur pour l’ensemble de l’Afrique de l’Ouest. Dans une région en quête de stabilité, la réussite de cette élection pourrait servir de référence et renforcer la confiance dans les mécanismes démocratiques. À travers cette mobilisation, la CEDEAO réaffirme sa vocation : accompagner ses États membres, consolider les institutions et promouvoir une gouvernance fondée sur la volonté populaire. À deux jours du vote, tous les regards sont désormais tournés vers le Bénin, où se joue bien plus qu’une élection : une nouvelle page de son histoire démocratique.





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