Au lendemain d’un week-end d’attaques d’une intensité rare, le Mali s’enfonce dans une zone de fortes turbulences. Réunie en urgence ce dimanche 26 avril, une partie de la hiérarchie militaire a dressé un constat alarmant de la situation sécuritaire, marqué par une chute du moral des troupes et une incertitude politique persistante. Lors de cette rencontre à huis clos, un haut gradé de l’armée malienne, dont l’identité n’a pas été rendue publique, a livré une déclaration sans détour :
« Je sais que le moral, actuellement, il est très bas. Je sais que le découragement, il est au rendez-vous (…) si nous étions encore dans la coopération bilatérale avec les pays voisins (…) le Nigeria, la Côte d’Ivoire, le Bénin, le Togo (les États membres de la CEDEAO ndre)… ils seraient venus nous aider. »
Ces propos traduisent un malaise profond au sein des forces armées, confrontées à une offensive d’ampleur qui a touché aussi bien le nord du pays que la capitale Bamako. Une situation qui ravive le débat sur l’isolement stratégique du Mali depuis la reconfiguration de ses alliances régionales.
Une armée sous pression, un pays sous le choc
Cette sortie inhabituelle intervient dans un contexte particulièrement tendu. La mort du ministre d’État en charge de la Défense, Sadio Camara, officiellement confirmée, a porté un coup sévère à l’appareil sécuritaire. Par ailleurs, deux autres figures importantes, Modibo Koné et Oumar Diarra, seraient actuellement entre la vie et la mort, selon des sources concordantes. Dans les casernes comme au sein de la population, l’inquiétude grandit face à une crise dont l’issue reste incertaine. Le sentiment d’abandon et le manque de coordination régionale semblent nourrir un climat de doute quant à la capacité du pays à faire face seul à cette menace.
Le silence du pouvoir entretient le flou
Pendant ce temps, le silence du président de la transition, le général Assimi Goïta, alimente les spéculations. Aucune communication officielle n’a été faite sur sa situation ou sur les mesures envisagées pour contenir la crise. Chef de file de la Confédération de l’Alliance du Sahel, regroupant le Mali, le Burkina Faso et le Niger, Assimi Goïta se retrouve au cœur d’un moment critique, alors que ces États de l’AES ont récemment pris leurs distances avec la CEDEAO.
Vers un retour à la coopération régionale ?
Les propos du haut gradé relancent ainsi une question sensible : celle d’un éventuel retour à une coopération militaire plus étroite avec les pays voisins, notamment le Nigeria, la Côte d’Ivoire, le Bénin et le Togo. Alors que le pays traverse l’une des périodes les plus critiques de son histoire récente, cette déclaration pourrait marquer un tournant dans la perception interne de la stratégie sécuritaire. Reste à savoir si elle sera suivie d’effets concrets au sommet de l’État. Dans l’immédiat, le Mali demeure plongé dans une incertitude totale, entre deuil, tensions militaires et interrogations politiques.


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