Photo : Le ministre ivoirien de l’Urbanisme, du Logement et du Cadre de Vie, Moussa Sanogo, à Lomé, ce jeudi 11 juin
Invité d’honneur des BOAD Development Days 2026, le Premier ministre ivoirien Robert Beugré Mambé a lancé un appel à une mobilisation collective des États, des institutions financières et du secteur privé afin de répondre à l’un des défis les plus pressants de l’Afrique de l’Ouest : le financement de l’habitat durable et inclusif. Désigné Grand Témoin de cette deuxième édition des BOAD Development Days, le Premier ministre ivoirien Robert Beugré Mambé s’est fait représenter par Moussa Sanogo, ministre de l’Urbanisme, du Logement et du Cadre de Vie. Ce dernier a porté la voix de la Côte d’Ivoire lors de la cérémonie d’ouverture à Lomé. Prenant la parole devant les participants réunis à Lomé, le représentant du chef du gouvernement ivoirien a salué l’initiative de la Banque Ouest Africaine de Développement (BOAD) et de son président Serge Ekué pour avoir placé la question du logement au cœur des réflexions sur le développement du continent. « Le logement constitue à la fois un enjeu social, économique, urbain et politique majeur. », a-t-il déclaré, estimant que les réponses à apporter doivent désormais dépasser la seule construction d’habitations pour intégrer l’aménagement du territoire, les infrastructures, les services sociaux de base, la mobilité urbaine et la résilience climatique.
Un déficit de logements qui menace la croissance
Dans son intervention, Moussa Sanogo a dressé un tableau préoccupant de la situation du logement dans la région. Selon les chiffres présentés, l’Afrique fait face à un déficit estimé à près de 56 millions de logements. Dans l’espace UEMOA, ce déficit atteindrait environ 25 millions d’unités. La pression démographique continue d’accentuer cette situation. La population urbaine de l’Union devrait passer d’environ 152 millions d’habitants à plus de 206 millions d’ici 2040. En Côte d’Ivoire, les besoins sont évalués entre 600 000 et 800 000 logements, tandis que le taux d’urbanisation est passé de 43% en 2010 à près de 54% en 2025. « Nous devons adopter une approche intégrée de la planification urbaine afin d’anticiper l’expansion des villes, maîtriser l’occupation du sol et promouvoir des pôles urbains équilibrés. », a insisté le Premier ministre.
L’expérience ivoirienne mise en avant
Le membre du gouvernement ivoirien a présenté les efforts engagés par la Côte d’Ivoire sous l’impulsion du président Alassane Dramane Ouattara pour accompagner l’urbanisation rapide du pays. Depuis 2011, d’importants investissements ont été réalisés dans les secteurs de l’énergie, de l’eau potable, des transports, de l’assainissement et des infrastructures urbaines. La capacité de production électrique est ainsi passée de près de 1 400 MW en 2011 à environ 3 300 MW aujourd’hui, tandis que le taux de couverture en électricité a progressé de 33% à près de 98% du territoire national. Parallèlement, le Programme présidentiel de logements sociaux a permis la réalisation d’environ 85 000 logements, avec une nouvelle phase prévoyant la construction de 25 000 unités supplémentaires à Abidjan et dans plusieurs villes de l’intérieur du pays.
Le financement, principal verrou à lever
Malgré ces avancées, Robert Beugré Mambé estime que la question du financement demeure le principal obstacle à l’accélération de la production de logements accessibles. Selon lui, les besoins d’investissements immobiliers en Côte d’Ivoire sont évalués entre 9 000 et 15 000 milliards de francs CFA. Or, les crédits immobiliers représentent moins de 4% de l’encours total des crédits bancaires dans l’UEMOA. Les taux d’intérêt oscillent entre 10% et 12,5%, avec des durées de remboursement généralement limitées à une vingtaine d’années. « Les ressources publiques ne suffiront pas. Nous devons renforcer l’implication du secteur privé ainsi que celle des partenaires techniques et financiers », a plaidé le Premier ministre.
Une feuille de route pour l’habitat durable
Face à l’ampleur du défi, Robert Beugré Mambé a proposé plusieurs pistes d’action. Il préconise notamment le renforcement du financement des infrastructures publiques liées aux programmes de logement, la création de mécanismes régionaux de garantie et de refinancement hypothécaire, le développement des matériaux locaux à faible empreinte carbone ainsi que la promotion de programmes régionaux de villes durables. Le Premier ministre a également insisté sur la nécessité de mieux aligner les politiques de formation technique et professionnelle avec les besoins du secteur du bâtiment et des travaux publics. « Il ne peut y avoir de politique réussie de logement sans ressources humaines qualifiées », a-t-il affirmé.
Le rôle stratégique de la BOAD salué
Robert Beugré Mambé a enfin salué l’engagement de la BOAD dans le financement de projets structurants à travers la sous-région. Il a notamment cité le financement de 4 200 logements en Côte d’Ivoire pour un montant global de 13,5 milliards de francs CFA, illustrant selon lui le rôle déterminant que joue l’institution dans l’amélioration des conditions de vie des populations. À Lomé, les BOAD Development Days 2026 confirment ainsi leur ambition : faire émerger des solutions concrètes pour transformer le logement en véritable levier de croissance économique, d’inclusion sociale et de stabilité dans l’espace UEMOA.


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