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100 jours de Wadagni : Héritier de Talon ou président à part entière ?

Photo : Le président Romuald Wadagni


Investi dimanche 24 mai dernier, Romuald Wadagni approche du premier cap symbolique de ses 100 jours à la tête du Bénin. À quatre jours de la reprise gouvernementale et à onze jours du cap des 100 jours, le moment est propice à une première lecture de son action. Entre continuité assumée, nouvelles impulsions et attentes des populations, le nouveau président commence progressivement à dessiner les contours de son septennat.

Trois mois. Près de trois mois déjà que Romuald Wadagni a quitté les habits de ministre d’État chargé de l’Économie, des Finances et de la Coopération pour endosser ceux de président de la République. Dimanche 24 mai dernier, au Palais des Congrès de Cotonou (PCC), il prêtait serment et ouvrait officiellement une nouvelle page de l’histoire politique du Bénin. La Cour suprême confirme cette investiture, qui marque le début de son mandat présidentiel. Depuis, le nouveau chef de l’État a eu à installer son équipe, prendre en main les grands dossiers de l’État, effectuer ses premières visites à l’étranger et poser les premiers jalons de sa gouvernance. Ce jeudi 20 août, il se trouve à 88 jours de pouvoir. Le cap symbolique des 100 jours sera atteint le lundi 31 août prochain, en comptant le dimanche 24 mai comme premier jour. Mais au-delà du chiffre, une question commence déjà à s’imposer : Romuald Wadagni est-il en train d’imprimer sa propre marque au pouvoir ou demeure-t-il encore essentiellement dans la continuité de Patrice Talon ?

L’héritier qui doit désormais devenir son propre président

La question est centrale. Romuald Wadagni n’est pas arrivé au Palais de La Marina comme un inconnu. Pendant dix années, il a été l’un des visages les plus importants du régime précédent. Ministre de l’Économie et des Finances, puis ministre d’État, ensuite chargé de la Coopération, il a été au cœur de la politique économique de Patrice Talon. Son arrivée au sommet de l’État a donc naturellement été interprétée comme une volonté de continuité. Mais gouverner n’est pas seulement prolonger une œuvre. C’est aussi assumer ses propres choix, imposer son propre tempo et répondre à ses propres urgences. C’est désormais le défi du nouveau président. Le premier Conseil des ministres du septennat, tenu le 28 mai, quelques jours seulement après son investiture, avait déjà donné un aperçu de ses priorités. Le chef de l’État y avait notamment insisté sur la réduction des disparités entre les communes et sur les enjeux sécuritaires. Ces orientations devront désormais se traduire dans les faits.

Une continuité qui ne signifie pas immobilisme

Le nouveau pouvoir n’a pas choisi la rupture brutale. Cette option peut se comprendre. Romuald Wadagni connaît les rouages de l’État, les programmes engagés, les partenaires internationaux et les mécanismes financiers qui ont accompagné la transformation du pays ces dernières années. Il dispose donc d’un avantage rare pour un nouveau président : il connaît la maison avant même d’en devenir le principal occupant. Mais cet avantage constitue également une exigence. Les béninois ne l’ont pas élu uniquement pour poursuivre ce qui existait déjà. Ils attendent désormais de lui qu’il apporte des réponses nouvelles aux préoccupations qui persistent. La question n’est donc plus seulement de savoir si les réformes vont continuer. Elle est de savoir ce que Romuald Wadagni va ajouter à l’héritage reçu.

De l’économie aux réalités quotidiennes

Le parcours du président dans le domaine économique constitue naturellement l’un des principaux marqueurs de son pouvoir. Mais la performance économique d’un pays ne prend tout son sens que lorsqu’elle produit des effets perceptibles dans la vie quotidienne. Emploi des jeunes, pouvoir d’achat, accès aux soins, éducation, infrastructures, logement, développement des communes, sécurité : c’est sur ces terrains que le pouvoir Wadagni sera progressivement jugé. Le président a déjà annoncé de grandes ambitions pour son septennat. Mais entre les annonces et leur traduction concrète, il existe toujours l’épreuve du temps. Les premiers mois permettent de donner une direction. Les années suivantes devront produire des résultats.

Un président déjà présent sur la scène régionale

À peine installé, Romuald Wadagni a également choisi de donner une dimension régionale à son début de mandat. Sa première visite officielle à l’étranger l’a conduit au Nigeria, lundi 1er juin dernier, avant une tournée au Niger et au Burkina Faso les 2 et 3 juin derniers. Cette séquence intervenait dans un contexte régional marqué par les relations complexes entre le Bénin et les pays de l’Alliance des États du Sahel (AES). Ce choix n’est pas anodin. Le Bénin ne peut penser son développement sans ses voisins. La sécurité, le commerce, les corridors économiques, la circulation des personnes et des biens ou encore les relations avec les grandes puissances régionales imposent au chef de l’État une diplomatie active. Sur ce terrain également, le nouveau président devra progressivement imprimer sa signature.

Les symboles comptent déjà

Ces premières semaines ont aussi été marquées par plusieurs séquences à forte portée symbolique. Son premier 1er août comme Président de la République a notamment permis à Romuald Wadagni de rendre hommage aux Forces de défense et de sécurité et aux familles des soldats tombés pour la défense du territoire. À cette occasion, le chef de l’État a choisi une cérémonie particulièrement sobre et un message centré sur la Nation, la sécurité et la mémoire des soldats. Quelques jours plus tard, le nouveau président a également accordé une grâce présidentielle à 369 détenus, à l’occasion de la fête nationale. Ces décisions ne constituent pas à elles seules une politique. Mais elles participent déjà à la construction d’un style présidentiel.

Le Sénat, premier grand bouleversement institutionnel

Autre événement majeur de cette première séquence : l’installation du Sénat. La nouvelle institution est désormais entrée dans la réalité institutionnelle du pays, avec l’élection de son bureau, jeudi 6 août, à Porto-Novo et l’arrivée de Patrice Talon à sa présidence. Un développement particulièrement symbolique : celui qui occupait encore la présidence de la République quelques semaines auparavant est désormais à la tête de la deuxième chambre du Parlement. Pour Romuald Wadagni, cette nouvelle architecture institutionnelle constitue un environnement politique inédit. Il devra désormais gouverner avec un Parlement bicaméral pleinement installé, dans un contexte où son prédécesseur demeure une figure centrale de la nouvelle configuration institutionnelle.

Le congé présidentiel comme respiration avant la rentrée

Depuis le début du mois d’août, le président et son gouvernement observent une période de congé. La reprise des activités gouvernementales est prévue pour le lundi 24 août prochain. Cette pause intervient après une séquence particulièrement dense : installation du pouvoir, premiers Conseils des ministres, déplacements diplomatiques, fête nationale et mise en place progressive des nouvelles institutions. Mais le retour du 24 août aura forcément une saveur particulière. Car cette fois, le pouvoir Wadagni ne sera plus seulement dans sa phase d’installation. Il devra accélérer.

Après l’installation, place aux résultats

C’est probablement le principal enseignement de ces 88 premiers jours. Romuald Wadagni a installé son pouvoir. Il a pris ses marques. Il a commencé à donner des orientations. Il a effectué ses premières grandes sorties diplomatiques. Il a également traversé les premiers rendez-vous symboliques de son mandat. Mais le plus difficile commence maintenant. Un président dispose toujours d’un état de grâce au début de son mandat. Mais cet état de grâce ne dure pas éternellement. Les populations finissent par comparer les promesses aux résultats, les ambitions aux réalisations et les discours aux changements réellement vécus. C’est là que se jouera la véritable différence entre une succession politique et une nouvelle présidence.

Wadagni face à son premier grand rendez-vous

À onze jours du cap symbolique des 100 jours, il serait prématuré de tirer un bilan définitif du septennat. Mais il est désormais possible d’identifier les premières tendances. Romuald Wadagni semble avoir choisi de ne pas bouleverser immédiatement l’architecture héritée de Patrice Talon. Il s’appuie sur les acquis, conserve une partie des mécanismes existants et avance progressivement vers ses propres priorités. La question fondamentale reste toutefois entière : quand le « système Wadagni » deviendra-t-il pleinement identifiable ? À la rédaction differenceinfobenin.com et celle du journal quotidien « Différence Info » du Groupe de presse « DIFFÉRENCE », ici à Porto-Novo, c’est wait and see. Le lundi 24 août prochain, avec la reprise du travail gouvernemental, une nouvelle séquence s’ouvrira. Et le lundi 31 août prochain, le président franchira officiellement son premier grand cap symbolique. D’ici là, les 88 premiers jours auront surtout permis de poser les fondations.

Le véritable défi du président Romuald Wadagni sera désormais de transformer ces fondations en résultats, de faire de la continuité un tremplin plutôt qu’une simple répétition, et de démontrer qu’après avoir été l’homme de l’économie de Patrice Talon, il peut désormais devenir pleinement l’homme d’État de son propre septennat.

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