Photo : Le Coordonnateur du Secrétariat Permanent du CNLS-IST au Togo, Prof Vincent Palokinam Pitché
Le Rapport annuel 2025 du Conseil National de Lutte contre le Sida et les Infections Sexuellement Transmissibles (CNLS-IST), parvenu à la rédaction differenceinfobenin.com et du quotidien « Différence Info » du Groupe de presse « DIFFÉRENCE », à Porto-Novo, dresse un bilan à la fois encourageant et exigeant de la riposte nationale contre le VIH au Togo. À la tête du Secrétariat Permanent du CNLS-IST, le Prof Vincent Palokinam Pitché met en avant les avancées enregistrées tout en appelant à anticiper la baisse des financements internationaux pour préserver les acquis et accélérer la marche vers l’élimination du Sida à l’horizon 2030.
Prof Vincent Palokinam Pitché, au cœur du pilotage de la riposte nationale
Le Rapport annuel 2025 porte la marque du pilotage du Prof Vincent P. Pitché, Coordonnateur du Secrétariat Permanent du CNLS-IST et présenté dans le document comme le Coordonnateur National de la structure. Il figure également en tête de l’équipe chargée de la rédaction du rapport, aux côtés du Coordonnateur National adjoint et des différents responsables techniques et administratifs du Secrétariat Permanent. Sous sa coordination, le rapport se veut avant tout un instrument de redevabilité, de suivi des résultats et d’aide à la décision. Sa production s’inscrit dans une démarche inclusive et participative, impliquant les différents secteurs engagés dans la réponse nationale au VIH. Cette approche traduit la vocation multisectorielle du CNLS-IST : réunir l’État, la société civile, le secteur privé et les partenaires internationaux autour d’une même stratégie de lutte contre l’épidémie.
Des résultats encourageants malgré un contexte financier difficile
L’année 2025 constitue une étape particulière puisqu’elle correspond à l’échéance fixée pour l’atteinte des objectifs dits « 95-95-95 » de l’ONUSIDA. Le Togo a enregistré des avancées significatives : 94 % des personnes vivant avec le VIH connaissaient leur statut sérologique, 93 % des personnes connaissant leur statut étaient sous traitement antirétroviral et 85 % des personnes sous ARV avaient une charge virale supprimée. Le rapport relève également une évolution favorable des indicateurs d’impact. Entre 2010 et 2025, les nouvelles infections à VIH ont diminué de 70 %, tandis que les décès liés au Sida ont reculé de 73 %. Ces performances témoignent des efforts déployés sur plusieurs fronts : prévention, dépistage, traitement, prise en charge des personnes vivant avec le VIH, implication communautaire et amélioration de la gouvernance.
Plus de 650 000 personnes dépistées en 2025
Sur le terrain, la dynamique de prévention reste importante. En 2025, quelque 2,36 millions de personnes ont été touchées par des actions de sensibilisation de proximité sur le VIH et les violences basées sur le genre. Par ailleurs, 1,33 million de jeunes âgés de 15 à 24 ans ont été sensibilisés. La distribution des moyens de prévention a également progressé avec 26,3 millions de préservatifs distribués, soit un taux de réalisation de 126 % par rapport à la cible annuelle. Le dispositif de prise en charge des infections sexuellement transmissibles a, quant à lui, permis de diagnostiquer et traiter plus de 104 000 cas d’IST. Le dépistage demeure un autre pilier de la stratégie. Au total, 650 142 personnes ont été dépistées au VIH en 2025, avec un taux de séropositivité de 1,97 %.
Une prise en charge thérapeutique qui se consolide
Le rapport met également en évidence l’importance des progrès enregistrés dans la prise en charge. En 2025, 95 185 personnes vivant avec le VIH étaient inscrites dans les structures de soins, sur une estimation d’environ 100 000 personnes vivant avec le VIH au Togo. Parmi elles, 95 038 personnes étaient sous traitement antirétroviral, soit un taux d’arrimage de 99,85 % des personnes attendues. La charge virale avait été réalisée chez 77 030 personnes sous traitement, avec une suppression virale enregistrée chez 92,29 % de celles ayant bénéficié de cet examen. Le rapport souligne également une performance de 100 % dans la mise sous traitement antirétroviral et antituberculeux des personnes co-infectées VIH/tuberculose.
La transmission mère-enfant demeure un défi majeur
Si les résultats sont globalement encourageants, le Prof Vincent Palokinam Pitché et le CNLS-IST identifient plusieurs zones de fragilité, notamment chez les enfants. Les indicateurs des _« 3×95 »_ sont en effet nettement plus faibles chez les enfants de 0 à 14 ans : 60 % connaissent leur statut, 51 % des enfants concernés sont sous traitement et seulement 34 % ont une charge virale supprimée. La prévention de la transmission mère-enfant demeure ainsi un chantier prioritaire. En 2025, 279 080 femmes enceintes, soit 89,44 % des femmes enceintes attendues, ont été dépistées. Parmi les femmes enceintes séropositives, 3 731 ont bénéficié d’un traitement ARV destiné à réduire le risque de transmission à leur enfant. Le taux final de transmission du VIH de la mère à l’enfant, incluant la période d’allaitement, reste toutefois de 11,35 %, un niveau jugé encore trop élevé. Face à cette situation, le Togo s’est doté d’un nouveau plan spécifique visant l’élimination de la transmission mère-enfant de la triple infection VIH, hépatite virale B et syphilis pour les quatre prochaines années.
Une gouvernance multisectorielle portée par le CNLS-IST
Au-delà des chiffres sanitaires, le rapport met en évidence le rôle central de la gouvernance dans la riposte nationale. Le Plan Stratégique National (PSN) 2023-2026 repose sur quatre axes :
- intensification de la prévention,
- renforcement du dépistage et de la prise en charge,
- élimination des obstacles liés au genre et aux droits humains, et
- renforcement de la gouvernance.
Dans ce dispositif, le CNLS-IST et son Secrétariat Permanent jouent un rôle de coordination entre les différents acteurs. Le rapport présente cette gouvernance comme « le moteur de la riposte nationale », assurant le leadership et la synergie entre les acteurs étatiques, la société civile et les partenaires internationaux. Sous la coordination du Prof Pitché, le processus de production du rapport s’est notamment appuyé sur le renforcement des capacités des acteurs communautaires dans la saisie des données du DHIS2, le contrôle de leur qualité, les missions de validation et la consolidation des informations issues des différents secteurs.
19,37 milliards FCFA consacrés à la riposte en 2025
Le financement constitue cependant le principal signal d’alerte lancé par le rapport. Les dépenses consacrées à la lutte contre le Sida au Togo en 2025 sont évaluées à 19,37 milliards de FCFA, soit un taux de mobilisation de 65 % par rapport aux prévisions du Plan stratégique national. Les soins et traitements ont absorbé 51 % des ressources, devant la gestion des programmes et le renforcement des systèmes avec 35 %, la prévention avec 7 % et le conseil-dépistage avec 5 %. Mais derrière cette enveloppe globale se cache une forte dépendance vis-à-vis des financements extérieurs. Les ressources internationales représentent 86,48 % des dépenses, contre seulement 13,52 % pour les financements domestiques. Le Fonds mondial demeure le principal bailleur, avec plus de 11,53 milliards de FCFA, tandis que les ressources américaines exécutées à travers le PEPFAR atteignent plus de 3,30 milliards de FCFA.
L’appel du Prof. Pitché : préserver les acquis face à la baisse des financements
C’est précisément sur cette question que le Coordonnateur du SP/CNLS-IST tire la sonnette d’alarme. Dans son avant-propos, le Prof Vincent P. Pitché souligne que 2025 a été marquée par « l’accélération du rétrécissement » du financement international, avec des répercussions sur la mise en œuvre des interventions contre le VIH. Pour l’acteur sanitaire togolais, le défi des prochaines années ne consiste plus seulement à obtenir des résultats, mais surtout à pérenniser ceux déjà obtenus dans un environnement où les financements disponibles sont appelés à se contracter. Le rapport souligne notamment que le nouveau cycle du Fonds mondial pour 2027-2029 confirme cette tendance. Le message porté par le responsable du CNLS-IST est donc clair : la mobilisation de ressources suffisantes et leur utilisation efficiente deviennent indispensables pour maintenir la dynamique actuelle et poursuivre la marche vers l’élimination du Sida comme problème de santé publique en 2030.
Des défis qui appellent une réponse renforcée
Le rapport identifie plusieurs autres défis : l’insuffisante intégration des services VIH et de santé sexuelle destinés aux adolescents, les difficultés de continuité des soins pour certaines populations mobiles, les ruptures périodiques d’intrants pour les IST et la faible couverture du diagnostic précoce chez les enfants nés de mères séropositives. La lutte contre les violences basées sur le genre, la stigmatisation et la discrimination reste également un enjeu majeur. Le rapport estime que l’accompagnement social et judiciaire des victimes, notamment des personnes vivant avec le VIH et des populations clés, doit encore être renforcé.
Cap sur 2030
Au terme de l’exercice 2025, le Togo se trouve donc à un moment charnière. Les progrès enregistrés sous la coordination du CNLS-IST sont significatifs : baisse des nouvelles infections et des décès, amélioration de la connaissance du statut sérologique, forte couverture thérapeutique et renforcement des mécanismes de prévention. Mais pour le Prof Vincent Palokinam Pitché, la performance sanitaire ne pourra être durable sans une stratégie solide de financement et de gouvernance. Le rapport annuel 2025 apparaît ainsi moins comme un simple bilan que comme une feuille de route pour consolider les acquis, corriger les insuffisances et préparer l’après-2025. L’objectif demeure ambitieux : faire du Togo un pays où le VIH ne constitue plus un problème de santé publique à l’horizon 2030. Une ambition qui repose désormais sur la capacité collective à maintenir le financement, renforcer les interventions ciblées et placer les populations les plus vulnérables au cœur de la riposte.


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