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Sommet OCS+ : « L’Afrique doit avoir davantage de choix », Faure Gnassingbé bouscule l’ordre mondial à Bichkek

Photo : Le président du Conseil togolais Faure Essozimna Gnassingbé, à Bichkek, ce mardi 1er septembre


Le président du Conseil togolais, Faure Essozimna Gnassingbé, a livré ce mardi 1er septembre, à Bichkek une réflexion de fond sur la transformation de l’ordre international et les conséquences de l’émergence d’un monde de plus en plus multipolaire. Seul dirigeant africain invité à cette haute assise de l’Organisation de Coopération de Shanghai Plus (OCS+), il a appelé à faire de la multipolarité non pas un facteur de fragmentation, mais un levier pour refonder le multilatéralisme et renforcer la capacité de choix de l’Afrique.

À la tribune de l’OCS+, Faure Essozimna Gnassingbé a d’abord posé le constat d’une profonde recomposition des équilibres internationaux. Une mutation qui, selon lui, se traduit par l’émergence de nouveaux pôles de puissance, la redistribution des rapports économiques et la montée de nouvelles voix sur la scène mondiale. « Le monde change, de nouveaux centres de puissance émergent, de nouveaux équilibres économiques se dessinent, de nouvelles voix veulent être entendues. », a-t-il déclaré. Pour le dirigeant togolais, cette nouvelle configuration internationale constitue à la fois une réalité géopolitique et une opportunité, notamment pour les pays africains. Mais elle comporte également des risques qu’il convient de ne pas sous-estimer.

La multipolarité, davantage de choix mais pas forcément davantage de justice

Faure Essozimna Gnassingbé a articulé sa vision autour d’un principe : la multipolarité doit élargir les choix des nations sans conduire à la constitution de nouveaux blocs antagonistes. « La multipolarité doit nous donner davantage de choix et non créer de nouvelles divisions. », a-t-il martelé. Dans cette perspective, l’émergence de nouveaux partenaires représente pour l’Afrique une occasion de diversifier ses relations internationales, de réduire certaines dépendances et de sélectionner ses partenariats en fonction de ses propres priorités. Mais le président du Conseil togolais invite à la lucidité. « Davantage de pôles de puissance ne signifie pas automatiquement davantage de justice. », a-t-il prévenu, soulignant que la multipolarité peut également engendrer davantage de rivalités, de fragmentation et de rapports de force. D’où, selon lui, la nécessité d’établir un lien étroit entre multipolarité et multilatéralisme. Les nouveaux équilibres ne sauraient produire un ordre international plus juste sans des règles communes permettant à chaque nation d’exercer librement ses choix, en fonction de ses intérêts et de ses priorités.

Réformer l’ONU pour l’adapter au monde de demain

Cette réflexion conduit naturellement Faure Essozimna Gnassingbé à s’interroger sur l’avenir du système multilatéral, particulièrement celui des Nations Unies. Le président du Conseil togolais estime que l’ONU demeure indispensable, mais qu’elle doit évoluer profondément pour répondre aux réalités d’un monde désormais marqué par la multiplication des centres de puissance et les désaccords entre grandes puissances. « Les Nations Unies restent indispensables, mais elles doivent profondément évoluer dans un monde plus multipolaire. Nous avons besoin davantage de multilatéralisme et non de moins. », a-t-il affirmé. Tout en reconnaissant à l’organisation mondiale son caractère universel, il en a relevé les limites. Les blocages provoqués par les rivalités entre grandes puissances et la perception d’une application différenciée des règles internationales peuvent, selon lui, fragiliser la crédibilité et la légitimité du système multilatéral. Pour Lomé, défendre l’ONU ne revient donc pas à préserver à tout prix les équilibres du passé. Il s’agit plutôt de transformer l’organisation afin qu’elle puisse répondre aux exigences du monde à venir.

L’Afrique au cœur de la réforme de la gouvernance mondiale

Dans cette réforme, la question de la représentation de l’Afrique occupe une place centrale. « Lorsque l’Afrique reste insuffisamment représentée, nous ne pouvons pas parler d’un ordre mondial pleinement juste. », a souligné Faure Essozimna Gnassingbé. Le dirigeant togolais depuis bientôt 25 ans plaide ainsi pour une transformation des organes de décision de la gouvernance mondiale, mais également pour une meilleure articulation entre les Nations Unies, l’Union Africaine, l’Organisation de Coopération de Shanghai et les autres organisations régionales. Son message est clair : l’Afrique ne doit plus être seulement un espace concerné par les décisions prises ailleurs. Elle doit participer pleinement à leur élaboration et à la définition des règles qui structurent l’ordre international.

Au-delà de la représentation politique, la bataille économique

La vision défendue à Bichkek ne se limite toutefois pas à la réforme de la gouvernance politique mondiale. Pour Faure Essozimna Gnassingbé, la justice internationale doit également se mesurer à la capacité réelle des pays du Sud à financer leur développement et à créer de la valeur à partir de leurs propres ressources. « Un ordre mondial plus juste doit donner au Sud une véritable capacité de choix. Être mieux représenté ne suffira pas. », a-t-il déclaré. Le président du Conseil togolais appelle ainsi à une transformation des mécanismes économiques et financiers internationaux, mais aussi à une nouvelle génération de partenariats fondés sur l’investissement productif, les infrastructures, la transformation locale des ressources et le transfert de technologies. Ces partenariats, estime-t-il, doivent être développés avec l’Asie, l’Europe, les Amériques, mais également entre pays africains.

Faire de l’Afrique un acteur de la recomposition mondiale

À travers cette intervention, Faure Essozimna Gnassingbé dessine finalement une ambition pour le continent : faire de l’Afrique un acteur à part entière de la recomposition de l’ordre mondial. La diversification des partenariats ne doit donc pas être perçue comme un simple changement d’alliances. Elle doit permettre aux pays africains de disposer de davantage de marges de manœuvre, de financer leur développement, de transformer leurs ressources localement et de mieux défendre leurs intérêts dans les enceintes internationales. À Bichkek, le président du Conseil togolais a ainsi appelé les dirigeants présents à faire de la multipolarité « une nouvelle force du multilatéralisme », plutôt qu’un nouveau terrain de confrontation entre puissances.

Une tribune internationale aux voix multiples

Plusieurs dirigeants ont également pris la parole lors de cette rencontre pour appeler à un ordre international plus solidaire, plus juste, plus sûr et davantage attaché à la paix. Le format OCS+ a réuni autour des principaux dirigeants de l’Organisation de Coopération de Shanghai plusieurs chefs d’État et de gouvernement ainsi que des représentants de pays partenaires et invités. Parmi les personnalités présentes figuraient notamment les présidents Xi Jinping de Chine, Vladimir Poutine de Russie et Alexandre Loukachenko de Biélorussie, ainsi que les Premiers ministres Narendra Modi de l’Inde et Shehbaz Sharif du Pakistan. Les présidents Massoud Pezeshkian d’Iran, Kassym-Jomart Tokaïev du Kazakhstan, Emomali Rahmon du Tadjikistan et Chavkat Mirzioïev d’Ouzbékistan ont également participé aux échanges. La conférence a par ailleurs enregistré la présence de dirigeants et de hauts représentants de plusieurs pays partenaires et invités, notamment l’Égypte, la Turquie, l’Azerbaïdjan, l’Arménie, la Mongolie, le Laos et le Vietnam.

Bichkek, une nouvelle séquence diplomatique pour Lomé

La participation de Faure Essozimna Gnassingbé à cette rencontre internationale prend ainsi une dimension particulière pour la diplomatie togolaise. Après avoir réaffirmé son attachement à une diplomatie d’ouverture et à la diversification des partenariats, le président du Conseil porte désormais, depuis une tribune eurasiatique, une vision plus large de la place de l’Afrique dans le nouvel ordre mondial. À Bichkek, le message de Lomé se résume en une conviction : le monde multipolaire qui se dessine ne doit pas seulement redistribuer les cartes entre les grandes puissances. Il doit aussi permettre à l’Afrique de disposer de davantage de choix, de capacité d’action et de pouvoir d’influence.

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