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« Correct the Map » : À l’ONU, 164 pays pour révéler la vraie taille de l’Afrique… les États-Unis disent NO !

Photo : Le président américain Donald Trump


L’image de l’Afrique sur les cartes du monde pourrait progressivement changer. L’Assemblée générale des Nations Unies a adopté, vendredi 4 septembre, la résolution « Correct the Map », portée par le Togo de Faure Essozimna Gnassingbé au nom du Groupe africain. Un vote massif qui met toutefois en lumière une étonnante exception : les États-Unis ont été le seul pays à voter contre le texte.

164 pays pour, un seul contre

Le verdict est sans ambiguïté. Sur les 171 États ayant pris part au vote, 164 ont approuvé la résolution, six (06) se sont abstenus et un (01) seul a voté contre : les États-Unis. L’initiative togolaise bénéficie ainsi d’un soutien international particulièrement large. Le texte, officiellement référencé A/80/L.104, vise à promouvoir une représentation cartographique plus fidèle des superficies réelles des continents, avec une attention particulière portée à l’Afrique. Il encourage notamment les institutions internationales, les systèmes éducatifs, les éditeurs et les plateformes numériques à privilégier des cartes moins déformantes.

Pourquoi l’Afrique paraît-elle si petite ?

Au cœur du débat se trouve la célèbre projection de Mercator, conçue au XVIᵉ siècle notamment pour faciliter la navigation. Son principal défaut est de déformer les superficies : plus une région est éloignée de l’équateur, plus elle apparaît visuellement agrandie. Résultat : sur les cartes utilisant cette projection, le Groenland peut sembler comparable à l’Afrique, alors que le continent africain est environ 14 fois plus vaste que l’île arctique. L’Afrique couvre environ 30 millions de km², ce qui en fait le deuxième continent le plus vaste de la planète derrière l’Asie. L’enjeu de « Correct the Map » n’est donc pas de modifier la géographie, mais de corriger la représentation visuelle de la géographie.

Washington dit non et dénonce un « projet idéologique »

C’est précisément sur ce point que Washington a choisi de se démarquer. Les États-Unis, seuls contre 164 pays, ont rejeté la résolution, estimant que l’initiative relevait d’un « agenda idéologique » et détournait l’attention de problèmes internationaux jugés plus urgents, notamment la paix, la prospérité et les relations internationales. Cette position place les États-Unis dans une situation pour le moins singulière sur un texte essentiellement consacré à la représentation cartographique du monde.

Une bataille de cartes devenue bataille des représentations

Pour les promoteurs de la résolution, l’affaire dépasse largement la technique cartographique. Une carte n’est pas seulement un outil permettant de localiser un pays ou de mesurer une distance : elle participe aussi à la manière dont les générations perçoivent le monde. L’Union Africaine considère ainsi que la projection de Mercator donne une représentation visuelle fortement réduite de l’Afrique et appelle à des représentations reposant sur des données objectives et scientifiquement établies. Le ministre togolais des Affaires étrangères, Robert Dussey, a présenté l’initiative comme une étape vers une représentation plus juste du continent. Le Togo, soutenu par l’Union africaine, a joué un rôle central dans le portage diplomatique de la résolution à New York.

« Correct the Map » ne bannit pas Mercator

Attention toutefois à une nuance importante : la résolution de l’ONU n’interdit pas la projection de Mercator. Elle n’a pas non plus de caractère juridiquement contraignant. Elle recommande plutôt de favoriser des projections qui représentent plus fidèlement les superficies, notamment dans l’éducation, les médias et les outils numériques. La projection de Mercator conserve par ailleurs son utilité dans certains domaines, notamment la navigation. Parmi les alternatives figure notamment Equal Earth, une projection conçue pour mieux respecter les proportions de superficie des continents.

L’Afrique veut désormais être vue à sa juste dimension

Derrière le spectaculaire 164 contre 1, c’est donc une bataille symbolique qui se joue. L’Afrique ne cherche pas à devenir plus grande qu’elle ne l’est : elle veut simplement que sa taille réelle ne soit plus visuellement réduite par une représentation cartographique inadaptée à la comparaison des superficies. L’Union Africaine résume l’ambition en une formule forte :

« L’Afrique doit être représentée telle qu’elle est : dans ses véritables dimensions et à sa juste place dans le monde. »

Et dans ce combat pour « corriger la carte », les États-Unis auront été les seuls à dire non. Une singularité diplomatique qui donne à ce vote une portée bien plus importante qu’une simple querelle de cartographes.

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