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Deuil à la Justice : Victoire Désirée Adétoro Agbanrin-Elisha n’est plus, la première femme procureure du Bénin s’en va

Photo : La regrettée Victoire Désirée Adétoro Agbanrin-Elisha


La justice béninoise est en deuil. La magistrate à la retraite et avocate au Barreau du Bénin, Victoire Désirée Adétoro Agbanrin-Elisha, est décédée dimanche 27 septembre dernier, à l’âge de 82 ans. Figure historique de la magistrature béninoise, elle restera notamment dans les annales comme la première femme à avoir exercé les fonctions de Procureure de la République au Bénin. Avec sa disparition, le monde judiciaire perd une personnalité dont le parcours aura traversé plusieurs décennies et plusieurs facettes de la profession juridique, de la magistrature au Barreau, en passant par la formation des jeunes juristes et la scène judiciaire internationale.

Une pionnière de la magistrature féminine

Née le 28 mars 1944 à Pobè, dans le département du Plateau, au Sud-est du Bénin, Victoire Désirée Adétoro Agbanrin-Elisha s’est très tôt orientée vers les études de droit. Elle effectue une partie de sa formation en France, à la Faculté de droit de Poitiers, où elle obtient une licence en droit public entre 1963 et 1967. Elle poursuit ensuite sa formation professionnelle en magistrature au Centre national d’études judiciaires de Paris, de 1967 à 1969, avec un stage d’application à la Cour d’appel de Poitiers. De retour au Bénin, elle entame sa carrière judiciaire en 1970 au Tribunal de première instance de Cotonou, comme juge d’instruction. Elle exerce ensuite comme juge des enfants, avec des compétences notamment étendues aux tribunaux de Porto-Novo et de Ouidah, avant de prendre en charge les questions relatives à l’état des personnes.

De juge à conseillère à la Cour d’appel

Son ascension dans la magistrature se poursuit rapidement. Entre 1973 et 1975, elle est nommée conseillère à la Cour d’appel de Cotonou, où elle préside notamment la chambre correctionnelle. Elle assume par la suite différentes responsabilités judiciaires, consolidant une expérience particulièrement importante dans le domaine pénal et dans le traitement des procédures judiciaires. Ce parcours va la conduire à occuper une fonction appelée à marquer durablement l’histoire de la justice béninoise.

1981 : elle devient la première femme procureure du Bénin

En 1981, Victoire Désirée Adétoro Agbanrin-Elisha entre dans l’histoire. Elle est nommée Procureure de la République près le Tribunal de Première Instance (TPI) de Cotonou, devenant ainsi la première femme à occuper cette fonction au Bénin. Une étape historique que la Cour suprême du Bénin a elle-même consacrée en la présentant comme « la première femme procureur de la République en 1981 ». Elle restera à la tête du parquet de Cotonou jusqu’en 1986. Cette responsabilité s’inscrit dans la continuité de son importante expérience en matière pénale, acquise au fil de ses fonctions de juge d’instruction, de juge et de conseillère. Un profil officiel établi dans le cadre de sa candidature à la Cour Pénale Internationale (CPI) fait état de douze années d’expérience dans le jugement des affaires pénales à travers ses différentes fonctions judiciaires.

De la Cour d’appel à la Cour suprême

Après son passage au parquet, Victoire Désirée Adétoro Agbanrin-Elisha retrouve la Cour d’appel de Cotonou en qualité de conseillère. Entre 1986 et 1988, elle préside notamment la chambre d’accusation. En 1988, elle rejoint la Chambre judiciaire de la Cour suprême en qualité de conseillère. La même année, elle est admise à la retraite de la fonction publique judiciaire, au terme de près de deux décennies consacrées à la magistrature. Mais cette retraite administrative ne signifie nullement la fin de son engagement dans le monde du droit.

Une seconde carrière au Barreau du Bénin

Dès 1989, Victoire Désirée Adétoro Agbanrin-Elisha s’inscrit au Barreau du Bénin et entame une nouvelle étape de sa carrière comme avocate près la Cour d’appel de Cotonou. Elle fonde son propre cabinet et intervient dans plusieurs domaines du droit, notamment en matière pénale, civile, commerciale et sociale. Son engagement professionnel se poursuit également au sein de l’Ordre des Avocats, dont elle devient membre du Conseil. Une nouvelle preuve de la place qu’elle occupait dans le paysage juridique béninois.

Une juriste engagée dans la formation

Au-delà de l’exercice de ses fonctions judiciaires et de sa profession d’avocate, Victoire Désirée Adétoro Agbanrin-Elisha a également contribué à la transmission du savoir juridique. Elle enseigne notamment le droit pénal spécial et la procédure pénale à l’ENA-Université Nationale du Bénin. Elle participe également à la formation de candidats à la profession d’avocat. À travers cet engagement, la magistrate et avocate aura ainsi contribué à la formation de plusieurs générations de juristes béninois.

Une reconnaissance qui dépasse les frontières du Bénin

La dimension de son parcours ne s’est pas limitée au cadre national. Son expérience de magistrate et de praticienne du droit lui a également valu une reconnaissance sur la scène judiciaire internationale. En 2003, elle est présélectionnée pour le poste de procureure adjointe de la Cour pénale internationale (CPI). Quelques années plus tard, en 2009, le Bénin la présente officiellement comme candidate à l’élection des juges de la Cour Pénale Internationale (CPI). Son nom figure alors sur la liste officielle des candidats africains publiée par l’Assemblée des États parties au Statut de Rome. Son dossier de candidature retrace notamment ses différentes fonctions de juge, de conseillère à la Cour d’appel et à la Cour suprême, ainsi que son expérience dans le domaine pénal.

Une figure qui restera dans l’histoire judiciaire

De la salle d’audience du Tribunal de Première Instance (TPI) de Cotonou aux hautes juridictions béninoises, du parquet au Barreau, Victoire Désirée Adétoro Agbanrin-Elisha aura consacré l’essentiel de sa vie professionnelle au droit et à la justice. Première femme procureure de la République au Bénin, magistrate, avocate, formatrice et candidate à une fonction judiciaire internationale, elle laisse derrière elle un parcours singulier qui témoigne de l’évolution et de la progression des femmes dans les professions judiciaires au Bénin. À travers sa disparition, c’est une page importante de l’histoire de la justice béninoise qui se tourne. Victoire Désirée Adétoro Agbanrin-Elisha laisse l’image d’une pionnière dont le parcours continuera de servir de référence aux générations de femmes et d’hommes engagés dans le droit et la magistrature.

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