Photo : Le regretté ancien président, Général Mathieu Tchaa Kérékou
Onze ans déjà, jour pour jour. Le Général Mathieu Tchaa Kérékou s’éteignait le mercredi 14 octobre 2015, à Cotonou, à l’âge de 82 ans. Onze années après sa disparition, le souvenir de celui que beaucoup retiennent comme l’un des dirigeants les plus marquants de l’histoire du Bénin demeure profondément ancré dans la mémoire collective. Né le samedi 2 septembre 1933, à Kouarfa, dans le Nord-ouest du Dahomey, l’actuel Bénin, Mathieu Tchaa Kérékou a consacré plusieurs décennies à la vie militaire et politique de son pays. Son parcours, exceptionnel par sa longévité et ses multiples tournants, l’a conduit du pouvoir militaire à la démocratie, puis de nouveau à la présidence par la voie des urnes.
Du militaire au sommet de l’État
Le jeudi 26 octobre 1972 constitue le premier grand tournant de son parcours. À la faveur d’un coup d’État militaire qui renverse le Conseil présidentiel civil, le lieutenant-colonel Mathieu Tchaa Kérékou prend les rênes du pays. Il entame alors une longue période de pouvoir qui va profondément transformer le Dahomey. Deux ans plus tard, le samedi 30 novembre 1974, son discours d’Abomey marque un virage idéologique majeur avec la proclamation du marxisme-léninisme comme doctrine officielle de l’État. Le dimanche 30 novembre 1975, une nouvelle étape est franchie : le Dahomey devient officiellement la République Populaire du Bénin (RPB).
L’épreuve de l’agression mercenaire
Le régime de Mathieu Tchaa Kérékou est également confronté à l’une des tentatives de déstabilisation les plus spectaculaires de l’histoire politique béninoise. Le dimanche 16 janvier 1977, des mercenaires dirigés par le français Bob Denard tentent de renverser le pouvoir à Cotonou. L’opération échoue. Le régime en sort renforcé et cette tentative d’assaut contre le pouvoir révolutionnaire entre durablement dans l’histoire politique du pays.
De la crise économique à la fin du marxisme
Mais à la fin des années 1980, le système politique et économique connaît une profonde crise. Les difficultés économiques, les mouvements sociaux et les grèves fragilisent le régime. En décembre 1989, Mathieu Tchaa Kérékou renonce officiellement au marxisme-léninisme. Cette décision ouvre la voie à une transformation profonde du système politique béninois. Quelques mois plus tard, du lundi 19 au mercredi 28 février 1990, Cotonou accueille la Conférence nationale des forces vives de la Nation. Cet événement historique amorce la transition démocratique et redéfinit les fondements politiques du Bénin.
Battu en 1991, mais parti dans la paix
L’un des épisodes les plus remarquables de la trajectoire de Mathieu Tchaa Kérékou intervient en mars 1991. Après près de deux décennies à la tête du pays, le Général affronte Nicéphore Dieudonné Soglo au second tour de l’élection présidentielle. Battu dans les urnes, il accepte le verdict électoral et quitte pacifiquement le pouvoir. Cette alternance constitue alors un moment majeur dans l’histoire politique du Bénin et contribue à installer l’image d’un pays capable d’organiser une transition politique sans basculer dans la violence.
Le spectaculaire retour par les urnes
Cinq ans plus tard, l’histoire prend une tournure inattendue. En mars 1996, Mathieu Tchaa Kérékou revient au pouvoir par la voie démocratique. Il bat cette fois Nicéphore Soglo et retrouve le fauteuil présidentiel qu’il avait quitté cinq ans auparavant. Ce retour constitue l’un des épisodes les plus singuliers de la politique béninoise : un ancien chef militaire, battu après avoir dirigé le pays pendant près de deux décennies, revient au pouvoir quelques années plus tard grâce au suffrage universel. En mars 2001, il est réélu pour un second mandat présidentiel démocratique.
Une sortie du pouvoir dans le respect de la Constitution
En avril 2006, Mathieu Tchaa Kérékou achève son second mandat démocratique. Il quitte définitivement la présidence et transmet le pouvoir à Thomas Boni Yayi. Cette fois encore, le Général respecte les règles constitutionnelles et se retire de la vie présidentielle. Son départ marque la fin d’un parcours politique exceptionnel, commencé sous l’uniforme et achevé dans le cadre du jeu démocratique.
Onze ans après, une mémoire toujours présente
Onze ans après sa mort, Mathieu Tchaa Kérékou reste une personnalité incontournable pour comprendre l’histoire contemporaine du Bénin. Pour ses admirateurs, il demeure le symbole d’une époque, d’une souveraineté assumée et d’une capacité rare à traverser les bouleversements politiques. Pour ses détracteurs, son long règne reste associé aux années du régime révolutionnaire et aux difficultés de cette période. Mais au-delà des lectures politiques et idéologiques, une réalité s’impose : Mathieu Tchaa Kérékou aura marqué durablement l’histoire du Bénin. De la prise du pouvoir en 1972 à la Conférence nationale, de la défaite électorale de 1991 à son retour démocratique en 1996, jusqu’à son retrait constitutionnel en 2006, son parcours concentre plusieurs des grandes mutations politiques du pays.
Le souvenir d’un « Caméléon »
Surnommé le « Caméléon » en raison de ses multiples transformations politiques et idéologiques, Mathieu Tchaa Kérékou demeure aujourd’hui encore une figure qui suscite à la fois admiration, débat et questionnement. Né à Kouarfa, dans le Nord-Ouest du pays, devenu président après un coup d’État, chef d’un régime révolutionnaire, artisan de la transition démocratique, battu dans les urnes puis réélu cinq ans plus tard, il aura connu pratiquement toutes les grandes configurations du pouvoir politique. Le mercredi 14 octobre 2015, son décès à Cotonou refermait une page majeure de l’histoire nationale. Onze ans après, le Général Mathieu Tchaa Kérékou n’est plus. Mais son empreinte, elle, demeure.


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