Photo : Donald Trump envisage de retirer l’Afrique du Sud et le Rwanda du dispositif commercial préférentiel AGOA à compter du 1er janvier 2027
Washington durcit le ton à l’égard de Pretoria et de Kigali. Le président américain Donald Trump a annoncé son intention de mettre fin à la participation de l’Afrique du Sud et du Rwanda à l’African Growth and Opportunity Act (AGOA) à compter du 1er janvier 2027. Une décision qui pourrait priver les deux pays d’importants avantages commerciaux sur le marché américain et accentuer les tensions diplomatiques entre Washington et ses partenaires africains.
Le bras de fer commercial entre les États-Unis et deux pays africains prend une nouvelle dimension. Le lundi 2 novembre, le représentant américain au Commerce, Jamieson Greer, a annoncé que le président Donald Trump avait notifié au Congrès ainsi qu’aux gouvernements sud-africain et rwandais son intention de mettre un terme à leur participation au programme AGOA à partir du 1er janvier 2027. Cette décision intervient à l’issue de l’examen annuel de l’éligibilité des pays d’Afrique subsaharienne à ce dispositif commercial préférentiel. Selon l’administration américaine, les pratiques des deux gouvernements ne seraient plus conformes à certains critères exigés pour bénéficier des avantages de l’AGOA. Dans une déclaration officielle, parvenue à la rédaction differenceinfobenin.com du Groupe de presse « DIFFÉRENCE », à Porto-Novo, Jamieson Greer a notamment évoqué des obstacles portant atteinte aux intérêts commerciaux et aux investissements américains, ainsi que des pratiques susceptibles de compromettre les intérêts des États-Unis en matière de sécurité nationale et de politique étrangère.
Washington invoque des manquements aux critères d’éligibilité
Pour justifier cette mesure, l’administration Trump avance des préoccupations distinctes concernant les deux pays. S’agissant du Rwanda, Washington pointe notamment des entraves aux échanges commerciaux et aux investissements, des interrogations sur l’État de droit, le pluralisme politique, les droits des travailleurs internationalement reconnus et les droits humains. Les autorités américaines évoquent également des préoccupations liées à leurs intérêts sécuritaires et diplomatiques dans la région. Concernant l’Afrique du Sud, les griefs portent principalement sur les obstacles supposés aux échanges commerciaux et aux investissements américains, la corruption ainsi que des divergences touchant aux intérêts de sécurité nationale et de politique étrangère des États-Unis. Toutefois, dans son communiqué du 2 novembre, le représentant américain au Commerce n’a pas détaillé les mesures précises qui auraient motivé cette décision. Il a néanmoins indiqué que l’administration américaine entendait amener ses partenaires africains à prendre les dispositions nécessaires pour satisfaire aux conditions du programme.
L’AGOA, un dispositif stratégique pour les exportations africaines
Adopté en 2000 sous la présidence de Bill Clinton, l’African Growth and Opportunity Act est l’un des principaux instruments de coopération commerciale entre les États-Unis et l’Afrique subsaharienne. Ce programme accorde aux pays africains remplissant les conditions d’éligibilité un accès préférentiel au marché américain, avec une exonération totale ou partielle des droits de douane sur des milliers de produits. Pour en bénéficier, les États concernés doivent notamment démontrer leur engagement en faveur de l’économie de marché, de l’État de droit, du pluralisme politique, du respect des droits humains et des droits des travailleurs. Ils doivent également éviter les obstacles aux échanges et aux investissements américains. Au fil des années, ce mécanisme a constitué un levier important pour les exportateurs africains, en facilitant leur accès à l’un des marchés de consommation les plus importants au monde.
Pretoria particulièrement exposé aux conséquences commerciales
L’Afrique du Sud pourrait être particulièrement affectée par cette perspective d’exclusion. Le pays figure parmi les principaux bénéficiaires du dispositif et en est même le premier exportateur en valeur pour plusieurs catégories de produits. En 2025, ses exportations vers les États-Unis dans le cadre de l’AGOA ont représenté environ 1,7 milliard de dollars. Les secteurs automobile, agricole et agroalimentaire figurent parmi les activités concernées, avec notamment les pièces détachées automobiles, les vins et les produits agricoles. Une suppression des avantages douaniers pourrait ainsi renchérir le coût des exportations sud-africaines, fragiliser la compétitivité de certaines filières et exercer une pression supplémentaire sur les entreprises et les emplois liés à ces échanges. Pour le Rwanda, les enjeux concernent notamment des produits tels que le café et certains minerais. Le pays avait déjà perdu, depuis 2018, les avantages de l’AGOA pour ses exportations de vêtements, à la suite d’un différend commercial avec Washington sur les droits de douane appliqués aux vêtements de seconde main américains.
Des relations diplomatiques déjà sous tension
Cette annonce intervient dans un contexte de relations particulièrement délicates entre Washington et Pretoria. Les divergences portent notamment sur certaines orientations de la politique intérieure sud-africaine, mais également sur des questions internationales, dont les positions diplomatiques de Pretoria concernant le conflit israélo-palestinien et ses relations avec l’Iran. Du côté rwandais, les relations avec Washington sont également marquées par des tensions autour de la situation sécuritaire dans l’est de la République démocratique du Congo. Les États-Unis ont récemment sanctionné le ministère rwandais de la Défense, l’accusant de soutenir le mouvement rebelle M23. Kigali conteste ces accusations. L’annonce concernant l’AGOA apparaît ainsi comme un nouvel épisode des tensions entre l’administration Trump et ces deux partenaires africains, même si Washington présente officiellement sa démarche comme une application des conditions d’éligibilité au programme.
Quel avenir pour les échanges commerciaux entre l’Afrique et les États-Unis ?
Au-delà des deux pays directement concernés, cette décision relance les interrogations sur l’avenir des relations commerciales entre les États-Unis et le continent africain. Elle intervient alors que plusieurs économies africaines considèrent l’AGOA comme un instrument essentiel de diversification de leurs débouchés et d’attraction des investissements. La situation soulève également une question supplémentaire : l’autorisation actuelle de l’AGOA arrive à échéance le 31 décembre 2026, après une prorogation décidée par le Congrès américain. La poursuite du dispositif au-delà de cette date dépend donc aussi de son éventuelle reconduction. Pour Pretoria et Kigali, les prochaines semaines seront déterminantes. Une évolution de leur situation pourrait dépendre de discussions avec Washington et des éventuelles mesures prises pour répondre aux préoccupations américaines. En attendant, la menace brandie par Donald Trump constitue un signal supplémentaire des conditions de plus en plus exigeantes auxquelles les États-Unis entendent soumettre leurs préférences commerciales avec les pays africains. Elle remet surtout au centre du débat la nécessité, pour les économies du continent, de diversifier leurs marchés d’exportation et de renforcer leur autonomie commerciale.


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