Photo : L’hémicycle de l’Assemblée nationale sénégalaise
Le bras de fer entre l’exécutif dirigé par Bassirou Diomaye Diakhar Faye et le pouvoir législatif présidé par Ousmane Sonko connaît un nouvel épisode. Samedi 7 novembre, la Commission des finances et du contrôle budgétaire de l’Assemblée nationale a rejeté les projets de recettes, de dette publique ainsi que les budgets de plusieurs institutions de la République, dont celui de la Présidence. Un revers pour le camp présidentiel qui intervient dans un climat politique toujours marqué par la rupture entre les deux anciens alliés.
Le Sénégal est-il en train de vivre une nouvelle étape de sa crise politique ? Le rejet en commission des projets budgétaires de plusieurs institutions de la République vient, en tout cas, raviver les tensions entre les deux principaux pôles du pouvoir sénégalais. Réunis samedi 7 novembre sous la présidence d’Alphonse Sambou, les membres de la Commission des finances et du contrôle budgétaire de l’Assemblée nationale ont examiné les projets de recettes, de dette publique et les budgets de plusieurs institutions. Les travaux se sont déroulés en présence du ministre de l’Économie et des Finances, Cheikh Diba, et de ses collaborateurs. Au terme des échanges, les commissaires ont voté contre l’ensemble des projets soumis à leur appréciation. Parmi les budgets concernés figure celui de la Présidence de la République, dont l’enveloppe prévisionnelle pour 2027 est estimée à 223,86 milliards de FCFA, contre 204,54 milliards de FCFA en 2026.
La Présidence et plusieurs institutions recalées
Le rejet en commission ne concerne pas uniquement le budget de la Présidence. Les projets budgétaires de plusieurs autres institutions de la République ont également essuyé un vote défavorable, notamment ceux de la Primature, de l’Assemblée nationale, du Conseil constitutionnel, de la Cour suprême et de la Cour des comptes. Cette séquence budgétaire intervient alors que le gouvernement prépare le budget de l’exercice 2027, dans un contexte économique et financier particulièrement exigeant. Le montant prévu pour la Présidence de la République attire particulièrement l’attention. Avec une enveloppe de 223,86 milliards de FCFA, contre 204,54 milliards en 2026, le budget présidentiel connaît une progression qui n’a pas manqué de susciter des interrogations au sein de la Commission.
Incohérences, doutes sur les prévisions et documents manquants
Derrière le vote défavorable des commissaires, plusieurs griefs ont été soulevés au cours de l’examen des projets. Les parlementaires ont notamment relevé des incohérences dans certains chiffres, exprimé des réserves sur la sincérité des prévisions budgétaires et déploré l’absence de documents justificatifs indispensables à leur appréciation. Parmi les pièces réclamées figure notamment la loi de règlement 2025, un document essentiel pour apprécier l’exécution du budget précédent et vérifier la cohérence entre les réalisations financières et les nouvelles projections. Malgré les explications fournies par le ministre Cheikh Diba et ses collaborateurs, les membres de la Commission ont maintenu leurs réserves. Ils ont finalement décidé de voter contre l’ensemble des projets examinés.
Diomaye-Sonko : la guerre politique gagne le terrain budgétaire
Mais au-delà des arguments techniques et financiers avancés par les commissaires, ce nouvel épisode intervient dans un environnement politique particulièrement tendu. Depuis la rupture entre Bassirou Diomaye Diakhar Faye et Ousmane Sonko, les relations entre l’exécutif et la majorité parlementaire sont scrutées avec attention. Les deux anciens compagnons de combat politique se retrouvent désormais à la tête de deux institutions majeures de la République, avec des trajectoires politiques qui se sont considérablement éloignées. D’un côté, Bassirou Diomaye Faye dirige l’exécutif. De l’autre, Ousmane Sonko préside l’Assemblée nationale, au sein de laquelle la majorité issue de Pastef occupe une place déterminante. Dans ce contexte, le rejet en commission du budget de la Présidence et de plusieurs autres institutions prend une résonance politique particulière. Il constitue un sérieux revers pour le gouvernement et révèle les difficultés de l’exécutif à faire adhérer les parlementaires à ses propositions financières. Il convient toutefois de distinguer les motifs officiellement avancés par les commissaires de l’interprétation politique de leur vote. Les réserves exprimées portent sur la cohérence des chiffres, la sincérité des prévisions et l’insuffisance des justificatifs. Rien ne permet donc d’affirmer que le rejet repose exclusivement sur une volonté de sanctionner le chef de l’État.
Un rejet en commission, pas encore un rejet définitif du budget
Il importe de rappeler que le vote intervenu samedi 7 novembre concerne exclusivement la Commission des finances et du contrôle budgétaire. Il ne signifie pas que le budget 2027 de la Présidence ou ceux des autres institutions sont définitivement rejetés par l’Assemblée nationale. Les projets doivent encore suivre les étapes prévues par la procédure parlementaire, notamment leur examen dans le cadre des travaux de l’Assemblée nationale. Reste que ce vote constitue un signal politique et institutionnel important. Il intervient dans une période où le dialogue entre les deux pôles du pouvoir sénégalais apparaît particulièrement délicat.
À quand la fin de la guerre entre les deux anciens alliés ?
Après les divergences politiques, la rupture au sommet de l’exécutif et les tensions autour du fonctionnement des institutions, les finances publiques deviennent ainsi un nouveau terrain d’affrontement potentiel entre les camps de Bassirou Diomaye Faye et d’Ousmane Sonko. Le Sénégal peut-il durablement fonctionner dans un climat où les deux principales figures de l’ancien tandem au pouvoir semblent désormais engagées dans un bras de fer politique ? Jusqu’où ira cette confrontation entre l’exécutif et le législatif ? Et surtout, les deux hommes pourront-ils retrouver un terrain d’entente avant la prochaine présidentielle de 2029 ? Pour l’heure, les signaux d’apaisement restent difficiles à percevoir. Les Sénégalais attendent désormais de leurs dirigeants qu’ils privilégient l’intérêt général, la stabilité institutionnelle et les préoccupations quotidiennes des populations.
À quand le rétablissement de la situation d’avant, lorsque les deux hommes marchaient encore côte à côte ?
Wait and see à la rédaction de differenceinfobenin.com, depuis Porto-Novo.


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