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France : Le pays envoie un satellite militaire dernière génération dans l’espace

Photo : Décollage de la fusée Ariane 5, de Kourou, en Guyane française, ce 5 samedi


La bancarisation de l’espace est bien enclenchée entre les puissances mondiales. Hier, la France a aussi donné de la voix en lançant un satellite de communication militaire dernier cri dans l’espace. Le pays que dirige Emmanuel Macron a placé ce samedi 23 octobre en orbite un satellite de communication militaire avec à son bord plusieurs satellites. Une démonstration technologique que Paris présente comme un pilier de sa souveraineté annonçant son signal au milieu des tensions géopolitiques mondiales qui règnent désormais jusque dans l’espace. Le bijou technologique de la France s’appelle Ariane 5. La fusée Ariane 5 a donc décollé de Kourou, en Guyane, un des départements outre-mer de la France en emportant le satellite 4A du programme Syracuse. Ce programme, il faut le préciser, permettra aux armées françaises déployées aux quatre coins de la planète Terre, de communiquer à haut débit et en toute sécurité depuis des relais au sol, aérien, marin et sous-marin. Le lancement de la mission a connu un réel succès hier en moins d’une quarantaine de minutes, soit précisément 38 minutes et 41 secondes après le tir.

« Syracuse 4A est conçu pour résister aux agressions militaires depuis le sol et dans l’espace ainsi qu’au brouillage. »

Col Stéphane Spet

Il convient de se demander si ce programme va supporter les aléas militaires et spatiaux. « Syracuse 4A est conçu pour résister aux agressions militaires depuis le sol et dans l’espace ainsi qu’au brouillage. », a expliqué le Porte-parole de l’armée de l’Air et de l’Espace française, le Colonel Stéphane Spet. À en croire le cadre militaire français, ce satellite est équipé de moyens de surveillance de ses abords proches et d’une capacité de déplacement pour échapper à une agression. Ce qui n’empêche pas de se rappeler d’un risque réel en deux temps :

  1. en juillet 2020, le commandement spatial américain avait accusé Moscou d’avoir  « conduit un test non-destructeur d’une arme antisatellite depuis l’espace ».
  2. en 2017, le  « satellite-espion » russe Louch-Olympe avait déjà tenté de s’approcher du satellite militaire franco-italien Athéna-Fidus.

Selon l’expert en prolifération des armes au Centre Politique de Sécurité de Genève (GCSP),  comme ultime performance, S4 est protégé contre les impulsions électro-magnétiques qui résulteraient d’une explosion nucléaire.  «  C’est le scénario de l’ultime avertissement, en cas d’échec de la dissuasion. », a expliqué Marc Finaud. Notons que le programme Syracuse à coûter à la France un investissement total d’environ 4 milliards d’euros pour un futur proche où la quatrième génération va multiplier par trois le débit de communications de S3. Pour le seul Syracuse 4, la Direction Générale de l’Armement (DGA) s’est engagée avec Thalès à hauteur de 354 millions d’euros et avec Airbus pour 117 millions d’euros.

« Il y a une loi presque mathématique d’augmentation régulière des volumes de data. »

Col Stéphane Spet

D’après les autorités militaires françaises, tout été fait en respect des dispositions plus que législatives. « Il y a une loi presque mathématique d’augmentation régulière des volumes de data. », a indiqué le Colonel Stéphane Spet, citant les besoins générés par les systèmes de commandement, la représentation des situations tactiques du terrain, la vidéo (venant par exemple des drones Reaper déployés au Sahel). Ou encore le traitement en temps réel de la data venue de plusieurs endroits de la planète. Au finish, la France disposera de 400 stations capables de communiquer avec S4 depuis le sol, un aéronef, un navire ou un sous-marin, selon la DGA. Australiennement (si la rédaction differenceinfobenin.com et celle du journal quotidien « Différence Info » du Groupe de presse « DIFFÉRENCE », ici à Porto-Novo, pouvaient bien le dire ainsi), le bijou technologique de la France peut être vu comme une dissuasion. Or la dissuasion nucléaire française repose très largement sur ses sous-marins, rappelle un autre expert en prolifération des armes au Centre de Politique de Sécurité de Genève (GCSP). « Si un adversaire est capable de modifier, pirater, endommager les communications avec les sous-marins, c’est la fin de la dissuasion. », soutient Marc Finaud. Le déploiement du satellite, tant attendu, vient donc à point nommé, alors que Paris s’est lancée dans la course aux armements pour concrétiser son projet de souveraineté européenne en matière de défense. 

« Elle a besoin de ce segment là pour montrer qu’elle a les moyens de ses ambitions. » 

Xavier Pasco

Clairement, il est inévitable pour Paris de se passer d’une assise technologique puissante. La France qui dispose, il est important de le souligner, d’espaces maritimes souverains sur toutes les mers de notre planète. « Elle a besoin de ce segment là pour montrer qu’elle a les moyens de ses ambitions. », estime le Directeur de la Fondation pour la Recherche Stratégique (FRS) et spécialiste des questions spatiales, Xavier Pasco« Ça crédibilise l’ensemble de son outil militaire, de même que sa capacité industrielle. », a-t-il ajouté. Une voix que la France donne quelques semaines après s’être vu son contrat de sous-marins français noyé par l’Australie dans les eaux américaines au profit de submersibles des États-Unis. Un acte qui a fragilisé autant la puissance française en Indopacifique, mais le satellite S4 redonne une fierté à la bête blessée. « Politiquement, c’est la mise en évidence que la France reste une puissance peut-être moyenne, mais dont l’étendue d’action reste internationale. », insiste Xavier Pasco.

Le chemin est encore long

Avec ses 2 milliards d’euros d’investissements annuels dans le spatial militaire et civil, l’Hexagone reste loin du trio de tête. Selon les chiffres de 2020 du gouvernement français, on retrouve en première position les États-Unis avec 50 milliards, suivis de la Chine avec 10 milliards et enfin de podium la Russie avec 4 milliards. Mais S4 vient de maintenir la France dans le peloton de tête, confirmant que Paris participe bien à la course aux armements. L’expert en prolifération des armes au Centre de Politique de Sécurité de Genève (GCSP) évoque au passage le risque potentiel venant de la « nucléaire de hackers, pirates, acteurs criminels ou terroristes qui pourraient se lancer dans une sorte de guerre des étoiles plus artisanale ». Quant à la géopolitique spatiale, elle se tend un peu plus chaque année. « On parle de guerre spatiale et ce risque-là est admis par tout le monde. », a partagé Marc Finaud.

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