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CRIET : Joël Aïvo condamné à dix ans moins 8 mois de prison et 45 millions FCFA d’amende

Photo : Le professeur agrégé de droit constitutionnel, Joël Aïvo, main levée en gilet de prisonnier, à Porto-Novo, ce lundi 7 décembre


Comme prévu, le procès du professeur agrégé de droit constitutionnel, Joël Aïvo, devant la Cour de Représentation des Infractions Économiques et du Terrorisme (CRIET), ouvert hier à Porto-Novo, a livré son verdict tard dans la nuit, mais au petit matin de ce mardi 7 décembre. Un procès qui a connu plusieurs suspensions jusqu’à la dernière à 0h30. À la reprise, place à la délibération en présence de la défense de l’opposant béninois, des avocats chevronnés comme l’ancien ministre et ancien président de la Cour constitutionnelle béninoise, Me Robert Dossou. Dans la capitale béninoise, il sonnait 02h30, quand le jugement est tombé. Quand le moment tant attendu de condamner l’accusé est venu, bonjour la fameuse formule judiciaire : qu’avez-vous à ajouter pour votre défense ? lance la présidente à l’endroit du détenu provisoire depuis 8 mois à la prison civile internationale d’Apro-Missérété.

« Faites de moi ce que vous voulez. » 

Joël Aïvo

La réponse du professeur de droit est aussi directe que la question. « Faites de moi ce que vous voulez. », a répondu Joël Aïvo. Alain Gnonlonfoun, comptable de Joël Aïvo, est acquitté. Le principal accusé et deux autres coaccusés n’auront pas cette chance d’être libre de leurs mouvements. Joël Aïvo, Ibrahim Bachabi Moudjaïdou et Boni Saré Issiakou (deux militaires) écopent tous d’une peine d’emprisonnement de 10 ans et une amende de 45 millions de francs CFA pour le premier, et une amende de 5,7 millions de francs CFA pour chacun des militaires. Ceci, après avoir été reconnus coupables de « blanchiment de capitaux et de complot contre l’autorité de l’État ». Joël Aïvo descend de la barre devant le silence de son épouse Gladys. « J’ai connu l’humiliation de recevoir mon épouse debout et parfois sous la pluie. », avait confessé le prof à la barre.

« On a voulu fabriquer à tout prix un Bob Denard junior. »

Me Robert Dossou

Le verdict n’a pas surpris les avocats du constitutionnaliste qui, impuissant de libérer leur client des « CRIET », avaient dénoncé au cours de l’audience, l’absence de preuves et un dossier vide qui n’a que le nom du célèbre mercenaire français. « On a voulu fabriquer à tout prix un Bob Denard junior. », regrette Me Robert Dossou. Pour celui qui a proclamé le KO de l’ancien président béninois Thomas Boni Yayi (2006-2016) à l’élection de 2011, la condamnation de Joël Aïvo est le style de la justice de son pays. « C’est dans la trame du style de la justice béninoise aujourd’hui. », a reconnu le constitutionnaliste qui attendait des probabilités. « J’avais espérance que les techniques classiques standardisées au plan international du procès pénal puissent être suivie. Ce n’est pas le cas en la présente espèce. », a déploré l’avocat de Joël Aïvo, figure majeure de la jeune génération d’acteurs politiques béninois, dont la candidature a été rejetée à l’élection présidentielle d’avril 2021 pour non-conformité aux dispositions électorales en vigueur dans le pays.

« Aujourd’hui c’est moi. À qui le tour demain ? »

Joël Aïvo

Devant la CRIET hier, l’opposant et constitutionnaliste réputé, qui, selon Me Robert Dossou, est un « pèlerin de la démocratie », s’est dit persuadé de payer ses convictions démocratiques avec une interrogation. « Aujourd’hui c’est moi. À qui le tour demain ? », s’interroge Joël Aïvo. « Nous avons besoin de la manifestation pleine et indiscutable de la vérité. Tant que ce ne sera pas le cas, il faudra qu’on souffre que le doute s’installe et ce ne serait pas à l’honneur d’une démocratie telle que le Bénin ambitionne de la construire. », développait-il. « Depuis huit mois, l’État m’a abandonné et livré à mes adversaires politiques qui ont eu le loisir de faire de moi ce qu’ils ont voulu et parfois en violant les lois de la République. En prison, j’ai connu l’insalubrité de ma cellule, l’indignité. Cette maltraitance que je subis depuis huit mois, sans n’avoir rien fait à personne, c’est mon chemin de croix. L’accusation me reproche d’avoir dit qu’il y aurait alternance en 2021 et que le 6 avril un nouveau chef d’État prêterait serment à Porto-Novo. Je n’arrive pas à réaliser que j’ai été arrêté pour ça, que je fais de la prison depuis 8 mois pour ça, et que je suis poursuivi par la Justice de mon pays pour ces propos. Et pourtant, c’est vrai (…). C’est surréaliste. », avait en substance déposé à la barre, Joël Aïvo, au cours de l’audience. Notons que vendredi 10 décembre prochain, ce serait le tour de l’ancienne Garde des sceaux, ministre béninoise de la Justice, Reckya Madougou, l’actuelle Conseillère Spéciale du président togolais, Faure Essozimna Gnassingbé, d’être jugée.

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