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Espagne : Le titre mondial du football féminin célébré avec un baiser forcé de Jennifer Hermoso embrassée par Luis Rubiales, agression sexuelle ?

Photo : L’attaquante espagnole, Jennifer Hermoso embrassée par le président de la Fédération Luis Rubiales lors des célébrations du titre mondial de l’Espagne


L’image de la soirée n’est malheureusement pas celle d’Olga Carmona, capitaine de la sélection féminine de football de l’Espagne, qui soulève le trophée de la première coupe du Monde de l’histoire de son pays. Ni celle de son but victorieux, une frappe croisée du gauche, en première mi-temps. Mais bien celle du baiser forcé de Luis Rubiales, le président de la Fédération Espagnole de Football, sur l’attaquante Jennifer Hermoso, au moment des célébrations.

Ce lundi 21 août, au lendemain de la victoire de La Roja face à l’Angleterre (1-0), en finale du mondial féminin de football, la polémique enfle de l’autre côté des Pyrénées. Le gouvernement de la Catalogne a même réclamé la démission de Luis Rubiales. Et certains observateurs et internautes qualifient le geste d’agression sexuelle. « On ne peut pas donner pour acquis qu’un baiser sans consentement est quelque chose qui ’arrive’. Il s’agit d’une forme de violence sexuelle que nous, les femmes, subissons quotidiennement, qui est restée invisible jusqu’à présent et que nous ne pouvons pas normaliser. (…) Seul un oui est un oui. », avait déclaré la ministre de l’Égalité espagnole, Irène Montero, dans la soirée du dimanche 20 août, sur Twitter.

Son point de vue est partagé par ces militantes féministes. « En droit français, tous les actes sexuels forcés, dont ce qui est appelé ’baiser forcé’, revêtent une qualification pénale. C’est celle d’une agression sexuelle. Quant au viol, c’est un crime. », assure la porte-parole d’Osez le féminisme et avocate, Violaine De Filippis. Idem pour Cécile Chartrain, la cofondatrice des Dégommeuses, une association qui lutte contre le sexisme, les LGBT-phobies et autres discriminations dans le sport. « L’agression est caractérisée par la contrainte et/ou la surprise, qui est manifeste dans le cas présent, et aggravée du fait de l’ascendance hiérarchique. », ajoute-t-elle.

Accusation d’agression sexuelle

Luis Rubiales a fini par s’excuser, lundi après-midi, dans une vidéo diffusée par le média espagnol El Chiringuito : « Il y a un fait que je regrette entre la joueuse et moi. Je tiens à m’excuser pour tout ce que ça a engendré (…). Je me suis trompé, je dois l’admettre. C’était sans mauvaise intention dans un moment d’euphorie. Ici, on l’a vécu comme quelque chose de naturel mais dehors, une agitation s’est formée ».

Il avait déjà réagi à la polémique avant ses excuses, au micro de la radio espagnole Cope. Et son discours était différent. S’il justifiait déjà ce baiser forcé par « un geste entre deux amis célébrant quelque chose » ou « une chose sans méchanceté », il qualifiait celles et ceux qui y voyaient une agression sexuelle d’« idiots » ou d’« imbéciles ». Cécile Chartrain décèle dans ces déclarations les mécanismes typiques de défense des agresseurs : « Minimiser les faits, parler de geste sans mauvaise intention, disqualifier les personnes qui dénoncent les agressions en les faisant passer pour des pisse-froid… ».

« Il établit une distinction qui n’existe pas légalement, entre une vraie et une fausse agression. Son geste rentrerait dans la deuxième catégorie, tout ce qui n’est pas si grave. Et cette distinction se fait sur la base de tous les stéréotypes sexistes. »

Violaine De Filippis

Si le président de la Fédération ne nie pas la matérialité des faits, il conteste leur qualification réelle, selon Violaine De Filippis. Ce qui participe à entretenir la culture du viol dans les mentalités : « Il envoie le signal que c’est autorisé de passer outre le consentement d’une femme pour un acte sexuel ». L’avocate continue : « Il établit une distinction qui n’existe pas légalement, entre une vraie et une fausse agression. Son geste rentrerait dans la deuxième catégorie, tout ce qui n’est pas si grave. Et cette distinction se fait sur la base de tous les stéréotypes sexistes ». Ce geste témoigne d’un sexisme très imprégné dans le milieu du sport, si bien « qu’on en vient à ne pas caractériser une agression sexuelle comme telle alors qu’elle se passe sous nos yeux ».

Sexisme banalisé dans le football

Dans un live Instagram diffusé après la victoire, Jennifer Hermoso a de son côté assuré : « Ça ne m’a pas plu ». Mais, relancée par l’agence de presse EFE, selon Le Parisien, l’attaquante a qualifié ce geste de « mutuel, totalement spontané après l’immense joie de remporter ce Mondial. (…) On ne peut pas dire plus que ça d’un geste amical et de gratitude. Nous avons remporté une Coupe du monde et on ne peut pas dévier du plus important ». Si les propos de la joueuse visaient à calmer la polémique, l’agression sexuelle est belle est bien caractérisée, pour Violaine De Filippis. « Quand bien même Jennifer Hermoso soutiendrait ne pas être traumatisée, cela ne remet pas en cause la caractérisation de l’infraction puisque l’acte matériel a bien eu lieu. », explique l’avocate. D’autant plus que les normes patriarcales sont si fortes « que beaucoup de femmes tendent à relativiser ces comportements auxquels elles ne devraient pourtant pas être exposées. », ajoute Cécile Chartrain. Ce baiser forcé pourrait également avoir un impact négatif. Il peut décourager les femmes à se lancer dans ce sport car « ce sont des images qui restent choquantes », d’après l’avocate qui ajoute : « Il ramène les sportives à leur statut d’objet en minimisant leur performance professionnelle ».

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