Photo : Les participants en famille, à Freetown, ce samedi 25 avril
La 27ᵉ Session ordinaire de l’Assemblée des Ministres de la Santé de la CEDEAO s’est achevée ce samedi 25 avril dans la capitale sierra-léonaise, au terme de deux jours d’intenses travaux consacrés à l’élimination du paludisme. Organisée par l’Organisation Ouest Africaine de la Santé (OOAS), en collaboration avec le Ministère de la Santé de la Sierra Leone, la rencontre a réuni décideurs politiques, experts et partenaires techniques autour d’un objectif commun : accélérer la lutte contre l’un des fléaux sanitaires les plus persistants de la région. Placée sous le thème « Élimination du paludisme dans l’espace CEDEAO : une approche régionale intégrée », cette Session a mis en lumière l’urgence d’une action collective face à une maladie qui continue de peser lourdement sur les systèmes de santé et les économies ouest-africaines.
Un appel fort à l’action politique et à la redevabilité
La cérémonie d’ouverture a été marquée par le discours du ministre en chef (équivalent du Premier ministre) de la Sierra Leone, David Moinina Sengeh, représentant le chef de l’État Julius Maada Bio, également président en exercice de la Conférence des chefs d’État et de gouvernement de la CEDEAO. Dans une allocution à la tonalité engagée, il a insisté sur la nécessité de traduire les engagements politiques en résultats tangibles pour les populations. « Les citoyens attendent des résultats visibles (…) jusque dans chaque foyer. », a déclaré David Moinina Sengeh, rappelant que le paludisme demeure une cause majeure de mortalité, notamment chez les enfants. Le responsable sierra-léonais a également plaidé pour une meilleure exploitation des données de santé afin d’orienter les décisions publiques. Selon lui, la rapidité et la qualité de l’information constituent aujourd’hui des facteurs déterminants dans la réduction des décès évitables.
La Charte de Freetown au cœur des débats
Au centre des discussions figure la Charte de Freetown, une initiative portée par la Sierra Leone visant à promouvoir des systèmes de santé fondés sur les données et soutenus par les technologies, y compris l’Intelligence Artificielle (IA). Cette charte ambitionne de renforcer la gouvernance sanitaire, d’améliorer la prise de décision et d’accélérer la réduction de la mortalité maternelle, infantile et néonatale. Les ministres ont été appelés à examiner ce cadre innovant, conçu comme un levier régional pour améliorer l’efficacité des interventions sanitaires.
Des avancées, mais des défis persistants
Prenant la parole, le ministre de la Santé de la Sierra Leone et président de la Session, Dr Austin Demby, a dressé un tableau sans concession de la situation sanitaire. L’autorité gouvernementale a rappelé que l’Afrique concentre l’essentiel des cas et des décès liés au paludisme à l’échelle mondiale, tout en soulignant les progrès réalisés dans son pays, notamment la baisse significative des décès chez les enfants de moins de cinq ans. Cependant, il a mis en garde contre une réduction des financements internationaux, qui pourrait compromettre les acquis et entraîner une recrudescence des cas d’ici 2030. « La question est de savoir si notre engagement politique est à la hauteur du défi. », a lancé Dr Austin Demby.
Une approche régionale jugée incontournable
Dans son intervention, le Directeur général de l’OOAS, Dr Melchior Athanase Joël Codjovi Aïssi, a rappelé une réalité essentielle : aucun pays ne peut, à lui seul, éliminer le paludisme. Il a plaidé pour une intensification de la coopération régionale, basée sur la solidarité, le partage des données et l’innovation. Le béninois à la tête de l’institution spécialisée de la CEDEAO a également annoncé la soumission d’un cadre stratégique régional visant à guider les États membres vers l’élimination du paludisme dans un horizon de dix ans, tout en soulignant les défis liés au financement et aux ressources humaines.
Les partenaires réaffirment leur soutien
Au nom des Partenaires Techniques et Financiers (PTF), Dionké Fofana a réitéré leur engagement à accompagner les pays de la région. Il a insisté sur la nécessité de renforcer le financement domestique, d’encourager l’innovation et d’impliquer davantage le secteur privé dans les stratégies de santé publique.
Vers des décisions structurantes
Au cours de cette Session, les ministres ont examiné plusieurs dossiers stratégiques, dont le rapport annuel 2025 de l’OOAS, le cadre régional d’élimination du paludisme et les mécanismes de financement des systèmes de santé. Les discussions ont également porté sur l’alignement des politiques nationales avec les normes internationales, notamment en matière d’allaitement maternel exclusif, ainsi que sur l’intégration de la santé dans les politiques climatiques. Au terme des travaux, les participants ont réaffirmé leur engagement à renforcer la coopération régionale et à traduire les résolutions adoptées en actions concrètes sur le terrain. À Freetown, la CEDEAO a ainsi posé les bases d’une nouvelle dynamique sanitaire régionale, où l’ambition d’éliminer le paludisme se conjugue désormais avec innovation, coordination et responsabilité collective.









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