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Accords sanitaires : Pendant que certains signent, Dr Aïssi défend une voie souveraine de financement de la santé en Afrique

Photo : Le DG OOAS, Dr Melchior Athanase Joël Codjovi Aïssi, à Cotonou, vendredi 27 mars


Fin février 2026, une ligne de fracture s’est dessinée sur le continent africain autour des accords sanitaires proposés par les États-Unis. Tandis que des pays comme le Ghana, le Kenya et le Zimbabwe ont refusé de s’engager, invoquant des préoccupations liées à la souveraineté des données, plusieurs autres États ont choisi d’adhérer à ces partenariats, privilégiant l’accès à des financements conséquents. Mais au-delà de cette opposition apparente, une autre voie se dessine en Afrique de l’Ouest : celle du financement endogène des systèmes de santé.

L’OOAS mise sur les ressources internes

Sous l’impulsion de Dr Melchior Athanase Joël Codjovi Aïssi, l’Organisation Ouest-Africaine de la Santé (OOAS) a engagé des réformes structurelles visant à réduire la dépendance aux financements extérieurs. Au cœur de cette stratégie figure la Politique Régionale de Santé Communautaire (PRSC), présentée comme un levier majeur pour renforcer les systèmes de santé à partir de ressources locales. L’objectif est clair : permettre aux États membres de mieux financer leurs politiques sanitaires sans conditionnalités extérieures jugées parfois contraignantes, notamment en matière de gestion des données sensibles. Pour traduire cette ambition en actes, l’OOAS a intensifié son plaidoyer auprès des décideurs politiques de la sous-région. Dans cette dynamique, l’institution a réuni, du 25 au 27 mars dernier, à Cotonou, des parlementaires de la Communauté Économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) autour d’un atelier stratégique. Objectif : obtenir l’adhésion des représentants nationaux à la réforme du financement de la santé et faciliter son ancrage législatif dans les États membres. Une réforme que le Directeur général de l’OOAS a également défendue sur la scène régionale, notamment à Freetown, à l’occasion de la 27e Assemblée des Ministres de la Santé de la CEDEAO, tenue du 20 au 25 avril. Lors de ces assises, l’accent a été mis sur la nécessité pour les États ouest-africains de renforcer leur autonomie financière afin de garantir la durabilité de leurs systèmes de santé.

Une taxe innovante pour financer la santé

Parmi les propositions phares avancées par le patron béninois de l’OOAS figure l’instauration de mécanismes innovants de mobilisation des ressources domestiques. L’une des plus emblématiques : le prélèvement d’une taxe sur certains produits de grande consommation, notamment le carburant, afin d’alimenter durablement les budgets de la santé. Cette approche, déjà expérimentée dans certains pays sous diverses formes, vise à créer un financement stable, prévisible et souverain, en phase avec les réalités économiques locales.

Entre souveraineté et pragmatisme

Dans ce contexte, le choix de certains pays africains de signer des accords sanitaires avec des partenaires extérieurs apparaît comme une réponse pragmatique à des besoins immédiats de financement. Mais il soulève aussi des interrogations sur les contreparties, notamment en matière d’accès aux données. À l’inverse, les initiatives portées par l’OOAS traduisent une volonté croissante d’émancipation financière et stratégique. Elles s’inscrivent dans une logique de long terme, visant à bâtir des systèmes de santé résilients, moins dépendants des fluctuations de l’aide internationale.

Un tournant stratégique pour le continent

Entre financements extérieurs et solutions endogènes, l’Afrique semble aujourd’hui à la croisée des chemins. Les accords sanitaires en cours de négociation ou déjà signés ne sont qu’une facette d’un débat plus large : celui de la souveraineté, qu’elle soit sanitaire, financière ou numérique. Reste à savoir si les mécanismes innovants proposés, à l’image de ceux portés par l’OOAS, permettront de combler durablement les besoins du secteur. Une chose est sûre : la question du financement de la santé en Afrique ne se joue plus uniquement à l’extérieur, mais de plus en plus… à domicile.

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