Photo : L’architecte de renommée internationale, Pierre Goudiaby Atepa, face à plus de 200 participants, à Lomé, ce vendredi 12 juin
Visionnaire, provocateur et résolument tourné vers l’avenir. Invité des BOAD Development Days 2026 à Lomé, l’architecte de renommée internationale Pierre Goudiaby Atepa a livré une keynote remarquée sur le thème : « Concevoir les villes nouvelles : faire du durable le standard et non l’exception ». Face à un auditoire religieusement attentif composé de décideurs politiques, financiers, urbanistes et acteurs du développement, l’architecte sénégalais a défendu une conviction forte : l’Afrique ne pourra relever ses défis urbains, démographiques et énergétiques sans la création de villes nouvelles intelligentes capables de s’autofinancer.
« Ne parlons plus seulement de logements »
Pierre Goudiaby Atepa
D’entrée de jeu, Pierre Goudiaby Atepa a invité les participants à changer radicalement de perspective. Selon lui, la crise du logement ne peut être résolue par la simple construction de milliers d’habitations. « Ne parlons pas de 20 000 logements. Parlons de villes nouvelles. », a-t-il lancé. Pour l’architecte, un programme de 20 000 logements représente en réalité près de 200 000 habitants et doit donc être pensé comme une véritable ville intégrant infrastructures, énergie, mobilité, services publics, espaces économiques et équipements collectifs.
Le mécanisme MECA pour financer les villes africaines
Au cœur de sa présentation figurait le concept qu’il a développé : le MECCA (Mécanisme Économique pour la Construction des Capitales Administratives). Partant du constat que la valeur foncière explose dès lors qu’un territoire devient un pôle administratif ou économique majeur, Pierre Goudiaby Atepa estime que cette richesse peut être mobilisée pour financer les infrastructures urbaines. À travers l’exemple de projets en cours à Kinshasa ou les expériences observées ailleurs sur le continent, il a démontré comment la valorisation foncière peut permettre de financer routes, réseaux, logements, équipements publics et services urbains sans dépendre exclusivement des ressources budgétaires traditionnelles.
Une ville nouvelle alimentée par l’énergie solaire
Pour le concepteur de plusieurs projets urbains majeurs en Afrique, les villes nouvelles doivent également être les laboratoires de la souveraineté énergétique africaine. Il a notamment plaidé pour l’intégration systématique de vastes centrales solaires dans les nouveaux pôles urbains. « Nous sommes en Afrique. Nous avons le soleil. Profitons-en. », a-t-il affirmé. Selon lui, réserver des espaces dédiés à la production d’énergie renouvelable permettrait de garantir l’autonomie énergétique des futures villes africaines tout en réduisant leur empreinte carbone.
Transformer les matières premières africaines sur le continent
L’architecte sénégalais a également insisté sur la nécessité de développer une véritable industrie africaine des matériaux de construction.
Fer, aluminium, titane ou encore matériaux dérivés des ressources locales : pour Pierre Goudiaby Atepa, le continent ne peut continuer à exporter ses matières premières pour ensuite importer les produits finis utilisés dans ses propres chantiers. « Les matériaux de l’architecture moderne viennent d’Afrique. Il est temps qu’ils soient transformés en Afrique. », a-t-il plaidé.
Anticiper l’explosion démographique
Pour Pierre Goudiaby Atepa, l’urgence est d’autant plus grande que les grandes villes africaines verront leur population doubler dans les vingt prochaines années. Face à cette réalité, deux options s’offrent aux décideurs, selon lui : subir une urbanisation anarchique ou organiser dès aujourd’hui l’émergence de nouveaux centres urbains capables d’absorber cette croissance. « Il faut voir grand. », a-t-il insisté, appelant les gouvernements africains à sortir des réponses ponctuelles pour adopter des stratégies urbaines de long terme.
Faire du durable une norme
À travers cette keynote, Pierre Goudiaby Atepa a finalement lancé un appel à repenser en profondeur les modèles de développement urbain africains. Pour lui, la ville durable ne doit plus être une exception réservée à quelques projets pilotes, mais devenir la norme dans la conception des futurs espaces urbains du continent. Un message en parfaite résonance avec l’ambition des BOAD Development Days 2026, qui placent l’habitat durable et la souveraineté énergétique au cœur des réflexions pour l’avenir de l’UEMOA.












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