Photo : L’ancien élève de Pierre Beuchet, ancien ministre des Affaires Étrangères, Jean-Marie Éhouzou, à Cotonou, dimanche 21 juin
Lors de la messe d’action de grâce célébrée en mémoire de Pierre Beuchet au Collège Père Aupiais de Cotonou, ce dimanche 21 juin, l’ancien ministre des Affaires Étrangères et diplomate béninois, Jean-Marie Éhouzou, a rendu un vibrant hommage à celui qui fut son professeur d’histoire en classe terminale. Au-delà du pédagogue exceptionnel unanimement salué par plusieurs générations d’anciens élèves, l’ancien chef de la diplomatie béninoise a surtout mis en lumière le courage d’un homme qui avait choisi de rompre avec le destin qui semblait lui être tracé.
« Pour partir d’une armée, il faut avoir le goût de la lutte, il faut du courage, il faut oser. »
Jean-Marie Éhouzou
Pour Jean-Marie Éhouzou, l’une des leçons les plus marquantes de la vie de Pierre Beuchet demeure sa décision de quitter l’armée française en pleine période coloniale, au nom de ses convictions personnelles. « Pour partir d’une armée, il faut avoir le goût de la lutte, il faut du courage, il faut oser. », a-t-il déclaré devant l’assemblée. Selon lui, Pierre Beuchet avait choisi de tourner le dos à un système auquel il ne s’identifiait plus, sans pour autant savoir précisément ce que l’avenir lui réservait. « Il a osé et il est parti sans savoir exactement où il allait. », a rappelé l’ancien ministre.
Pierre Beuchet choisit le Bénin
Cette rupture avec le système colonial français, a-t-il expliqué, témoigne de la profondeur des convictions de celui qui allait plus tard consacrer sa vie à l’éducation et à la formation des jeunes Africains, béninois en particulier ; puisque Pierre Beuchet avait refusé plutôt d’aller en Algérie. Jean-Marie Éhouzou a souligné que son ancien professeur avait lui-même connu les réalités et les contradictions des guerres coloniales avant de choisir une autre voie. Une décision qui l’a conduit au Dahomey d’alors, où il allait devenir l’une des figures les plus marquantes du Collège Père Aupiais. Pour le diplomate béninois, cette trajectoire singulière explique en partie la qualité de l’enseignement dispensé par Pierre Beuchet. En histoire comme en géopolitique, il ne se limitait pas aux faits ou aux dates. Il s’attachait à faire comprendre les mécanismes profonds qui façonnent les sociétés et les relations entre les peuples.
L’équilibre de la terreur
Évoquant ses années de terminale, Jean-Marie Éhouzou a rappelé combien les cours de son professeur continuaient d’éclairer sa compréhension du monde contemporain. Il a notamment cité cette réflexion sur la guerre froide et la course aux armements qui l’avait profondément marqué :
« La course aux armements a entraîné l’équilibre de la terreur. »
Des décennies plus tard, alors qu’il a lui-même représenté le Bénin sur la scène internationale, notamment dans les instances consacrées au désarmement, cette analyse conserve selon lui toute sa pertinence. Mais au-delà des connaissances transmises, c’est surtout l’exemple personnel de Pierre Beuchet qui demeure une source d’inspiration.
De la guerre à l’éducation
En choisissant de quitter une carrière militaire prometteuse pour se consacrer à l’enseignement, il a démontré qu’il est possible de suivre sa conscience, même lorsque cela implique de renoncer aux certitudes et aux privilèges. À travers son témoignage, Jean-Marie Éhouzou a ainsi dressé le portrait d’un homme libre, guidé par ses convictions et animé par une profonde foi dans la capacité de l’éducation à transformer les individus et les sociétés. Un héritage que les anciens élèves du Collège Père Aupiais continuent aujourd’hui de célébrer avec gratitude et admiration.


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