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Mariage : « Je ne suis pas sa moitié »… Après 38 ans de mariage, Huguette Bokpè Gnacadja livre les 3 secrets d’un couple qui dure

Photo : La présidente de l’INF, Me Huguette Bokpè Gnacadja, à Cotonou, samedi 1er août


Après 38 années de vie de couple, Me Huguette Bokpè Gnacadja partage son expérience avec les jeunes couples et ceux qui envisagent de s’engager dans le mariage. La présidente de l’Institut National de la Femme (INF), épouse de Luc Marie Gnacadja, ancien ministre de l’Urbanisme, maire de Cotonou et actuel président de l’Association Nationale des Communes du Bénin (ANCB), livre trois clés qu’elle considère essentielles pour construire une relation durable. Loin des recettes théoriques des « coachs matrimoniaux », son témoignage repose sur plusieurs décennies d’expérience personnelle. Pour elle, un couple solide se construit avant même le mariage et se consolide ensuite autour de la communication, du respect de l’individualité et de la capacité de chacun à accompagner l’autre dans l’accomplissement de sa destinée.

1. Parler des ambitions professionnelles avant le mariage

Pour Huguette Bokpè Gnacadja, certaines crises conjugales prennent leur origine dans des sujets qui n’ont pas été abordés avant le mariage. Parmi eux, les ambitions professionnelles occupent une place importante. Elle invite ainsi les jeunes qui se fréquentent à avoir une conversation franche sur leurs projets de vie et leurs aspirations professionnelles.

« Il y a une conversation que vous devez avoir avec celui avec qui vous envisagez de vivre. Cette conversation est obligatoire. »

La présidente de l’INF estime qu’une personne doit connaître les ambitions de celui ou celle avec qui elle envisage de partager sa vie. Et surtout, elle doit observer sa réaction. Une jeune femme qui annonce, par exemple, son ambition de devenir avocate ou diplomate doit pouvoir mesurer la manière dont son compagnon accueille cette perspective. Pour Huguette Bokpè Gnacadja, une réaction négative ou hostile doit interpeller le couple avant même le mariage. Car derrière une opposition à la carrière de son partenaire peuvent se cacher, selon elle, des frustrations susceptibles de ressurgir plus tard et de fragiliser le couple.

« J’ai un homme qui me pousse »

Son propre parcours lui sert d’illustration. Huguette Bokpè Gnacadja affirme avoir bénéficié du soutien de son époux dans son parcours, tout comme elle s’est intéressée à ce qui le passionne.

« J’ai un homme qui me pousse. Moi aussi, ce qui le passionne m’intéresse. »

Pour elle, aimer son conjoint implique aussi de pouvoir se réjouir de ce qui le fait vibrer et de l’aider à avancer. Le mariage ne devrait donc pas devenir un frein aux ambitions de l’un ou de l’autre. Au contraire, chacun doit contribuer à l’accomplissement de la destinée de son partenaire.

2. Communiquer, même quand ça fait mal

Deuxième pilier évoqué par la présidente de l’INF : la communication. Dans un couple, les désaccords sont inévitables. Mais ce qui peut fragiliser durablement la relation, c’est l’incapacité à parler des sujets qui fâchent. Huguette Bokpè Gnacadja invite donc les conjoints à trouver les moyens de communiquer, y compris lorsque le dialogue direct devient difficile.

« Il faut trouver le moyen, si vous avez du mal à parler, écrire. »

L’essentiel, selon elle, est de ne pas laisser les frustrations s’installer dans le silence. Et lorsqu’un désaccord ne peut être résolu, les partenaires peuvent aussi accepter de ne pas être d’accord sur une question donnée.

« À un moment donné, s’il faut même que vous tombiez d’accord que vous n’êtes pas d’accord, tombez d’accord que sur ce point, vous divergez. »

Une approche qui, selon son expérience, peut paradoxalement contribuer à préserver le couple.

« Le fait d’avoir convenu que vous n’êtes pas d’accord sauve. »

3. Ne pas chercher à changer l’autre

Le troisième secret repose sur l’estime de soi et le respect de l’individualité. Pour Huguette Bokpè Gnacadja, l’une des erreurs dans une relation consiste à entrer dans le mariage avec le projet de transformer son partenaire. Elle préconise plutôt d’accepter l’autre comme une personne entière, avec ses qualités, ses particularités et son espace personnel.

« Chacun est comme un package. On travaille sur les détails, mais on laisse la personne. »

Cela suppose également de respecter ce qu’elle appelle le _« jardin secret »_ de chacun. Il ne s’agit évidemment pas, précise-t-elle, de cacher une double vie, mais de reconnaître à chaque conjoint le droit d’avoir des moments à lui, des espaces personnels et parfois le besoin d’être seul.

« Nous ne sommes pas les moitiés l’un de l’autre »

Sur ce point, la présidente de l’INF déconstruit également une expression très répandue dans les relations amoureuses : celle de _« moitié »_. Pour elle, deux personnes ne doivent pas se considérer comme deux êtres incomplets qui auraient besoin l’un de l’autre pour exister.

« Je ne suis pas sa moitié, il n’est pas ma moitié. »

Sa conception est plutôt celle de deux personnes entières, qui choisissent de construire ensemble et de s’enrichir mutuellement.

« Quand on se met ensemble, c’est deux êtres entiers qui se mettent ensemble. Ce n’est pas des gens incomplets qui se mettent ensemble. »

Une philosophie qui, selon elle, protège également contre la dépendance affective excessive. Se considérer comme la moitié de quelqu’un peut conduire à penser que l’on ne peut plus exister sans cette personne, notamment en cas de séparation.

Deux destinées qui se construisent ensemble

À travers ces trois conseils, Huguette Bokpè Gnacadja dessine finalement une conception du mariage fondée sur le dialogue, la liberté, le soutien mutuel et l’épanouissement individuel. Avant de se marier, il faut parler des rêves et des ambitions. Une fois engagés, il faut continuer à communiquer, y compris sur les sujets difficiles. Et surtout, il faut accepter que l’autre reste une personne autonome, avec sa propre destinée. Après 38 années de vie commune, son message aux jeunes couples tient donc en une idée forte : un mariage durable ne consiste pas à compléter une personne incomplète, mais à faire cheminer ensemble deux personnes entières qui choisissent de s’enrichir mutuellement.

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