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BOAD : De la terre à l’usine, Serge Ekué veut transformer l’agriculture de l’UEMOA

Photo : Le président de la BOAD, Serge Ekué, à Cotonou, vendredi 31 juillet


L’agriculture demeure l’un des principaux moteurs de l’emploi dans l’espace UEMOA. En 2022, 53% des emplois de l’Union étaient liés au secteur agricole. Mais derrière ce poids économique et social se cachent encore de nombreux défis : faibles rendements, mécanisation insuffisante, accès limité aux financements, aléas climatiques et forte dépendance aux importations de produits de base. À travers son Plan stratégique Djoliba… La Suite (2026-2030), la Banque Ouest-Africaine de Développement (BOAD), présidée par le béninois Serge Ekué, entend renforcer son action sur l’ensemble de la chaîne de valeur agricole, de la production jusqu’à la transformation et la distribution.

L’urgence de renforcer la sécurité alimentaire

L’enjeu dépasse la seule performance économique du secteur. Il touche directement à la sécurité alimentaire des populations de l’Union. Selon les données présentées, jusqu’à 44% de la population de l’UEMOA connaît une forme d’insécurité alimentaire, avec des niveaux qui dépassent 60% dans certains États. Face à cette situation, la BOAD entend faire du financement agricole un instrument majeur de transformation des systèmes de production et de renforcement de l’autonomie alimentaire de la région.

Professionnaliser la chaîne agricole

Le Plan Djoliba… La Suite prévoit d’abord de renforcer les bases de la production agricole. La Banque basée sur le boulevard de la Libération, à Lomé, au Togo, compte notamment soutenir les aménagements hydro-agricoles, la sécurisation du foncier, l’accès aux intrants et le développement de services agricoles innovants. Cette approche vise à améliorer les conditions dans lesquelles évoluent les producteurs, tout en favorisant une agriculture davantage structurée et capable de répondre aux besoins croissants des marchés régionaux.

Productivité et résilience au cœur de la stratégie

La question des rendements constitue également un défi majeur. Pour y répondre, la BOAD prévoit d’accompagner les exploitations agricoles et de renforcer la formation des producteurs. L’institution entend également mobiliser des instruments financiers adaptés, notamment à travers des lignes de crédit agricoles, des mécanismes de garantie et des dispositifs d’assurance climatique. Une orientation particulièrement importante dans une région où les effets du changement climatique fragilisent de plus en plus les activités agricoles.

De la production à la transformation

Pour la BOAD, l’enjeu ne consiste plus seulement à produire davantage. Il faut également être capable de transformer localement les productions agricoles afin de créer davantage de valeur et d’emplois dans les économies de l’UEMOA. Dans cette perspective, la Banque prévoit de financer la création et la modernisation d’unités de transformation agroalimentaire et d’agropoles. L’objectif est de favoriser l’émergence de chaînes de valeur plus intégrées, capables de faire passer les produits agricoles de la production primaire à des produits transformés à plus forte valeur ajoutée.

Le financement innovant comme accélérateur

La mobilisation des ressources demeure toutefois un enjeu central. Pour élargir les capacités de financement du secteur, la BOAD entend recourir davantage à des mécanismes innovants. Le blended finance, qui associe des ressources à conditions privilégiées à des capitaux commerciaux, figure ainsi parmi les instruments envisagés. Cette combinaison doit permettre de réduire certains risques, d’améliorer l’attractivité des projets agricoles et de favoriser l’arrivée de nouveaux investisseurs privés dans le secteur.

Une approche intégrée de la chaîne de valeur

À travers le Plan Djoliba… La Suite, la BOAD veut ainsi dépasser une approche limitée au financement de la production. L’ambition est d’accompagner l’ensemble de la chaîne de valeur agricole, depuis les aménagements et la production jusqu’à la transformation et la distribution, en passant par l’accès aux financements, la formation, les infrastructures et l’assistance technique. Pour l’institution dirigée par le compatriote, cette approche intégrée doit contribuer à améliorer la productivité, renforcer la résilience des producteurs, développer l’agro-industrie et, surtout, participer à la consolidation de la sécurité alimentaire et de la souveraineté économique de l’UEMOA. Avec plus de la moitié des emplois de l’Union directement liés à l’agriculture, le secteur apparaît ainsi comme l’un des principaux terrains de transformation économique et sociale du nouveau quinquennat de la BOAD.

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