Photo : Angélique Kidjo, et Cardinal Bernadin Gantin, des figures symboliques et historiques du Bénin
À peine consacrée sur le mythique Hollywood Walk of Fame, Angélique Kidjo pourrait-elle voir son nom associé à l’une des principales portes d’entrée du Bénin ? C’est la proposition citoyenne formulée par un béninois, qui invite à ouvrir le débat sur un éventuel changement de dénomination de l’aéroport international de Cotonou, actuellement baptisé du nom du Cardinal Bernardin Gantin. Une idée qui entend célébrer deux grandes figures béninoises plutôt que de les opposer.
Une proposition qui ouvre le débat
Le débat est lancé. Alors qu’Angélique Kidjo vient d’entrer dans l’histoire en devenant la première artiste africaine à recevoir une étoile sur le Hollywood Walk of Fame, une proposition citoyenne suggère de donner son nom à l’aéroport international de Cotonou. L’idée est formulée avec une précaution essentielle : il ne s’agit pas de remettre en cause la mémoire du Cardinal Bernardin Gantin, dont le nom est actuellement associé à l’aéroport et dont l’importance dans l’histoire du Bénin est pleinement reconnue. La question posée est plutôt celle-ci : comment honorer simultanément deux grandes personnalités béninoises, chacune ayant marqué son époque et son domaine ?
Une étoile béninoise désormais planétaire
Pour le promoteur de cette proposition, le parcours d’Angélique Kidjo constitue un argument de poids. Originaire de Ouidah, l’artiste a construit une carrière internationale exceptionnelle sans jamais renier ses racines béninoises. Sa musique l’a conduite sur les plus grandes scènes du monde et son nom est aujourd’hui immédiatement associé à l’Afrique et au Bénin. Sa récente consécration à Hollywood vient encore renforcer cette notoriété. Son étoile sur le Walk of Fame apparaît ainsi comme un symbole du rayonnement international d’une fille du Bénin. D’où l’idée de faire porter son nom à une infrastructure qui constitue elle-même un point de contact entre le Bénin et le reste du monde.
« Une porte ouverte sur le monde »
L’argument central de la proposition repose sur la vocation même d’un aéroport international. Cotonou constitue, pour de nombreux visiteurs étrangers, le premier point de contact avec le Bénin. Chaque jour, des voyageurs venus d’Afrique et d’autres continents y transitent pour entrer ou sortir du pays. L’appeler « Aéroport international Angélique Kidjo » créerait, selon le citoyen à l’origine de la proposition, une symbolique particulière : une porte d’entrée sur le monde portant le nom d’une Béninoise qui a elle-même parcouru le monde. Une association entre mobilité internationale, ouverture culturelle et rayonnement du pays.
La culture béninoise comme carte de visite
Au-delà de sa célébrité, Angélique Kidjo est présentée comme une véritable ambassadrice de la culture africaine et béninoise. À travers son œuvre, elle a contribué à faire connaître à un public international des rythmes, des sonorités et des influences issus du continent, notamment de son héritage béninois. Pour les défenseurs de l’idée, son nom sur l’une des principales infrastructures nationales permettrait ainsi d’affirmer davantage l’image d’un Bénin terre de culture, de créativité et d’ouverture sur le monde.
Un symbole pour la jeunesse
La proposition comporte également une dimension générationnelle. Le parcours d’Angélique Kidjo peut être lu comme une histoire de réussite et de dépassement de soi. Partie du Bénin, elle a réussi à s’imposer parmi les grandes figures de la musique mondiale grâce à son talent, son travail et sa détermination. Voir son nom inscrit sur une infrastructure aussi emblématique pourrait alors transmettre un message simple aux jeunes générations : on peut partir du Bénin et aller très loin.
Une femme pour porter le nom d’une grande infrastructure
Autre argument avancé : la place des femmes dans la mémoire nationale. Attribuer à une femme béninoise le nom de l’un des principaux symboles de l’ouverture internationale du pays constituerait un signal fort sur la reconnaissance de la contribution des femmes à l’histoire contemporaine du Bénin. Angélique Kidjo n’est d’ailleurs pas seulement présentée comme une artiste. Son engagement social et humanitaire, notamment en faveur de l’éducation et des droits des enfants, fait également partie de l’héritage que ses défenseurs souhaitent voir reconnu.
Bernardin Gantin ne doit pas être effacé
La proposition insiste toutefois sur un point : renommer l’aéroport ne devrait pas signifier effacer Bernardin Gantin. Le Cardinal demeure une figure majeure de l’histoire du Bénin. Son parcours religieux, intellectuel et diplomatique justifie que sa mémoire continue d’être honorée à travers une infrastructure nationale de premier plan. L’enjeu serait donc de trouver une autre infrastructure susceptible de porter son nom, afin de préserver cette mémoire tout en donnant à Angélique Kidjo une place à la hauteur de son rayonnement contemporain. Cette approche permettrait d’éviter un face-à-face entre deux figures qui, dans des domaines différents, ont contribué au prestige du Bénin.
Deux figures, deux héritages
Religion et culture. Héritage historique et rayonnement contemporain. Cardinal Bernardin Gantin et Angélique Kidjo incarnent deux dimensions différentes du Bénin. La proposition citoyenne invite précisément à ne pas considérer leur hommage comme une compétition. Elle suggère plutôt de rechercher une manière de faire vivre deux mémoires dans l’espace public national. Le Bénin compte d’ailleurs de nombreuses personnalités ayant marqué son histoire dans la religion, la politique, les sciences, le sport, la diplomatie, les arts et la culture.
Le débat est désormais ouvert
Au lendemain de la consécration hollywoodienne d’Angélique Kidjo, cette proposition vient donc poser une question de société : quelle place le Bénin veut-il accorder, dans ses grands symboles nationaux, aux personnalités qui contribuent à son rayonnement international ? « Aéroport international Angélique Kidjo » : le nom a déjà été lancé dans le débat public. Reste désormais à savoir s’il trouvera un écho auprès des citoyens, des acteurs culturels et, surtout, des autorités compétentes. Une chose est certaine : derrière cette proposition se trouve une réflexion plus large sur la mémoire nationale et sur la manière dont le Bénin souhaite raconter son histoire aux générations futures.
Bernardin Gantin appartient à l’histoire du Bénin. Angélique Kidjo appartient également à son histoire contemporaine. La question posée n’est donc peut-être pas de choisir entre les deux, mais de trouver la meilleure manière de les honorer tous les deux.


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