Photo : Le Conseiller spécial du président nigérian Bola Ahmed Tinubu chargé des Médias et de la Communication Publique, Sunday Dare
Le retrait du Burkina Faso, du Mali et du Niger de la Communauté Économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) continue de produire des effets sur les mécanismes de coopération régionale. À Abuja, le Conseiller spécial du président nigérian Bola Ahmed Tinubu chargé des Médias et de la Communication Publique, Sunday Dare, estime que la nouvelle configuration ouest-africaine a créé une « crise régionale majeure » et fragilisé plusieurs instruments d’intégration.
Une « crise régionale majeure »
S’exprimant jeudi 3 septembre, à Abuja, à l’occasion d’un colloque organisé par le ministère nigérian de la Défense, Sunday Dare a dressé un constat préoccupant des conséquences du départ des trois pays sahéliens de la CEDEAO. Selon lui, la rupture entre le Burkina Faso, le Mali, le Niger et l’organisation régionale a affecté plusieurs mécanismes qui soutenaient jusque-là la coopération entre les États ouest-africains. Le responsable nigérian a notamment cité les instruments destinés à promouvoir l’intégration économique, le commerce régional ainsi que la libre circulation des biens et des services. Une situation qui, à ses yeux, complique désormais le fonctionnement de certains dispositifs de coopération à l’échelle de l’Afrique de l’Ouest.
L’AES, un nouveau pôle de coopération
Le départ des trois États a parallèlement favorisé la consolidation de l’Alliance des États du Sahel (AES), qui constitue désormais leur principal cadre de coopération politique, diplomatique et sécuritaire. Sunday Dare a présenté cette évolution comme l’émergence d’un cadre régional distinct de la CEDEAO. « Cela a finalement conduit à la création de l’AES, un autre cadre régional en opposition à la CEDEAO. Mais cela a également remis en question les autres instruments et protocoles dont nous disposons pour la coopération régionale. », a-t-il déclaré. Une précision chronologique s’impose toutefois : l’AES a été créée en septembre 2023, plusieurs mois avant l’annonce officielle, en janvier 2024, de la décision du Burkina Faso, du Mali et du Niger de quitter la CEDEAO. Leur retrait est devenu effectif le 29 janvier 2025, ouvrant une nouvelle page dans les relations entre les trois États sahéliens et le reste de l’espace communautaire.
Les frontières au cœur des préoccupations
Au-delà de la question institutionnelle, Sunday Dare a placé la gestion des frontières au centre des enjeux de sécurité et d’intégration économique. Pour le conseiller spécial de Bola Tinubu, des frontières correctement administrées doivent permettre de faciliter le commerce légal et la circulation des personnes et des marchandises, tout en garantissant un niveau de contrôle suffisant pour prévenir les menaces sécuritaires. À l’inverse, des dispositifs frontaliers défaillants peuvent, selon lui, favoriser les trafics, l’instabilité et diverses formes de criminalité transfrontalière. Les frontières nationales constituent ainsi, à ses yeux, une véritable « ligne de front » pour la sécurité du Nigeria et, plus largement, pour la stabilité de l’Afrique de l’Ouest.
« Les frontières du Nigeria sont ouvertes »
Face aux perceptions faisant état d’une fermeture des frontières nigérianes, Sunday Dare a tenu à apporter une clarification. « Les frontières du Nigeria sont ouvertes. », a-t-il affirmé, tout en précisant que cette ouverture reste encadrée par les contrôles des agences gouvernementales compétentes. Pour lui, une frontière ouverte ne signifie donc pas une absence de contrôle ni une circulation sans restriction. Le véritable défi consiste à trouver un équilibre entre la facilitation des échanges et les impératifs de sécurité. Une approche particulièrement importante dans une région où les flux commerciaux, les déplacements des populations et les enjeux sécuritaires sont étroitement liés.
Un appel à ne pas politiser la sécurité
Le Conseiller spécial du président nigérian a également appelé les responsables politiques à éviter d’instrumentaliser les questions de sécurité aux frontières à des fins électorales. Une mise en garde qui intervient dans un contexte où les questions migratoires, commerciales et sécuritaires occupent une place croissante dans les débats politiques en Afrique de l’Ouest. Pour Abuja, la gestion des frontières doit ainsi demeurer un outil de stabilité, de protection des populations et de facilitation des échanges, plutôt qu’un instrument de confrontation politique.
Birame Diop mise sur le dialogue
Les déclarations de Sunday Dare interviennent quelques jours après l’entrée en fonction du nouveau président de la Commission de la CEDEAO, le Sénégalais Birame Diop. Installé le 1er septembre 2026 à Abuja, le nouveau responsable de l’institution régionale a notamment affiché sa volonté de préserver le dialogue et la coopération avec le Burkina Faso, le Mali et le Niger, malgré leur retrait de la Communauté. Cette orientation traduit la volonté de la nouvelle direction de la CEDEAO de maintenir autant que possible les canaux de coopération avec les trois pays de l’AES.
Le défi de la nouvelle CEDEAO
À travers les propos de Sunday Dare, c’est donc l’un des principaux défis de la CEDEAO nouvelle formule qui apparaît : préserver les acquis de l’intégration régionale dans un espace désormais plus fragmenté. La libre circulation, le commerce régional, la gestion des frontières et les mécanismes de coopération sécuritaire doivent désormais être repensés à la lumière de cette nouvelle configuration. Alors que le Général Birame Diop entame son mandat à la tête de la Commission pour la période 2026-2030, l’équation est claire : maintenir la cohésion des États membres tout en évitant que la rupture avec l’AES ne se transforme en rupture durable de la coopération ouest-africaine.


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