Photo : Le président du Conseil togolais Faure Essozimna Gnassingbé, à Bichkek, mardi 1er septembre
Le vote est passé. La bataille cartographique a désormais changé de dimension. Après l’adoption, vendredi 4 septembre, par l’Assemblée générale des Nations Unies de la résolution « Correct the Map », portée par le Togo au nom du Groupe africain, c’est surtout la performance diplomatique de Lomé qui retient l’attention. Derrière cette initiative qui a obtenu 164 voix favorables, le Togo a réussi à transformer une revendication portée depuis plusieurs années par des acteurs africains en une question officiellement inscrite à l’agenda des Nations Unies. L’Union Africaine (UA) a salué le leadership du Togo et l’engagement de Faure Essozimna Gnassingbé, président du Conseil du Togo, dans la conduite de cette initiative.
Lomé au premier plan d’une cause continentale
Le véritable enjeu pour le Togo n’était pas de défendre une carte nationale, mais de porter une cause africaine. La résolution vise à encourager des représentations cartographiques plus fidèles aux superficies réelles des continents, particulièrement de l’Afrique. Elle remet ainsi indirectement en question la domination de la projection de Mercator dans les usages scolaires, institutionnels et numériques. Pour Lomé, cette démarche constitue donc une occasion de faire entendre une revendication africaine dans une enceinte où se discutent les grands enjeux internationaux. Et le pari a été largement gagné : le texte soutenu par le Togo a obtenu une majorité écrasante à l’Assemblée générale.
Faure Gnassingbé, l’impulsion politique
L’Union africaine attribue explicitement une partie du mérite à Faure Essozimna Gnassingbé. Dans son communiqué consacré à l’adoption de la résolution, le président de la Commission de l’Union Africaine, Mahmoud Ali Youssouf, salue « le leadership de la République togolaise » et « l’engagement du Président du Conseil » sous l’impulsion duquel le Togo a porté cette initiative au nom de l’Afrique et contribué à mobiliser un large soutien international. Cette reconnaissance donne une dimension politique particulière au vote du 4 septembre. Le chef de la diplomatie togolaise, Robert Dussey, a porté le dossier sur la scène internationale. Il a défendu l’idée selon laquelle une représentation plus juste du monde constitue aussi une manière de corriger certaines perceptions héritées de l’histoire. À ses yeux, « une carte juste » participe à une perception plus juste du continent africain.
Un petit pays, une revendication à l’échelle du continent
Le paradoxe est saisissant : c’est un pays relativement petit par sa superficie qui s’est retrouvé à porter devant l’ONU une question concernant l’image d’un continent de près de 30 millions de kilomètres carrés. Mais c’est précisément ce qui donne à l’initiative togolaise sa portée diplomatique. Lomé ne s’est pas présenté comme le défenseur d’un intérêt exclusivement togolais. Le Togo a pris la parole au nom du Groupe africain, donnant ainsi à l’initiative une dimension continentale. Cette stratégie a permis de dépasser la question technique des projections cartographiques pour poser celle de la représentation de l’Afrique dans l’imaginaire mondial.
De la résolution aux actes : Lomé veut montrer l’exemple
Pour le Togo, le vote de l’ONU n’est cependant qu’une étape. La résolution n’est pas juridiquement contraignante et ne bannit pas la projection de Mercator. Elle encourage plutôt les États, les institutions, les établissements scolaires, les médias et les acteurs technologiques à privilégier des représentations plus fidèles des superficies. Et Lomé entend joindre l’acte à la parole. Le ministre Robert Dussey a annoncé que le Togo entend modifier ses propres supports scolaires de géographie avant la fin de l’année, afin de montrer concrètement l’exemple aux autres pays. Le gouvernement togolais souhaite également poursuivre les discussions avec les États africains, les organisations internationales et les entreprises spécialisées dans la cartographie et les services de localisation.
Le Togo veut désormais entraîner l’Afrique
C’est donc moins la carte elle-même que l’après-vote qui pourrait constituer le véritable test pour Lomé. Obtenir 164 voix à l’ONU constitue une victoire diplomatique. Faire en sorte que cette résolution produise progressivement des changements dans les écoles, les atlas, les médias et les outils numériques en constitue une autre. Le Togo a désormais une responsabilité particulière : transformer le succès diplomatique du 4 septembre en dynamique continentale. En quelques années, une campagne destinée à dénoncer les déformations de la carte du monde est ainsi arrivée jusqu’à l’Assemblée générale de l’ONU. Et au centre de cette offensive, un nom s’impose : le Togo. Sous l’impulsion de Faure Essozimna Gnassingbé, Lomé a choisi de porter une bataille symbolique pour l’Afrique. La résolution est désormais adoptée. Reste au voisin du Sud-Ouest à faire vivre cette victoire au-delà de New York.


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