Photo : Le président de la BOAD, Serge Ekué, à Londres, ce mercredi 9 septembre
Le nucléaire s’invite de plus en plus dans les réflexions sur l’avenir énergétique du continent africain. À Londres, le président de la Banque Ouest-Africaine de Développement (BOAD), Serge Ekué, a pris part ce mercredi 9 septembre, au panel « The Unfinished Agenda : What still needs to happen and who needs to do it ? », organisé dans le cadre du World Nuclear Symposium 2026 – Finance Summit par la World Nuclear Association. Une participation qui place la question du financement au cœur des débats sur le développement de l’énergie nucléaire en Afrique.
Les banques multilatérales appelées à jouer un rôle décisif
Au cours de son intervention, Serge Ekué a insisté sur la contribution que peuvent apporter les banques multilatérales de développement aux côtés des gouvernements dans la réalisation de projets nucléaires. Pour le président de la BOAD, leur intervention peut notamment porter sur la préparation des projets, l’assistance technique et la mobilisation des ressources financières. Un accompagnement particulièrement important dans un secteur caractérisé par des investissements lourds, des cycles de développement longs et des exigences élevées en matière de sûreté, de réglementation et de maîtrise des risques. L’enjeu ne consiste donc pas uniquement à trouver les financements nécessaires à la construction des infrastructures. Il s’agit aussi de créer les conditions permettant aux projets nucléaires d’être suffisamment préparés et structurés pour attirer les investisseurs.
En Afrique de l’Ouest, le pari d’une approche régionale
Serge Ekué a également défendu une vision régionale du développement énergétique en Afrique de l’Ouest. Le développement du nucléaire dans la région devra notamment s’appuyer sur le renforcement des interconnexions électriques et la synchronisation des réseaux. Une approche qui permettrait d’inscrire les éventuels projets nucléaires dans un système énergétique régional plus intégré. Cette vision trouve déjà une traduction dans le Plan stratégique Djoliba… La Suite (2026-2030) de la BOAD. L’institution prévoit ainsi d’accompagner le développement des infrastructures régionales de transport d’électricité, avec 890 kilomètres de lignes de transmission programmés au cours des cinq prochaines années.
Pas de modèle unique pour financer le nucléaire
Face aux besoins considérables du secteur, le président de la BOAD a toutefois appelé à éviter toute approche standardisée. Il n’existe pas, selon lui, de modèle unique de financement du nucléaire applicable à l’ensemble de l’Afrique. Les réalités économiques, les systèmes énergétiques, les cadres institutionnels et les capacités financières diffèrent d’un pays à l’autre. La réussite des futurs projets dépendra donc de la capacité des acteurs à construire des mécanismes adaptés aux spécificités de chaque environnement.
Préparation, réglementation et partage des risques
Trois conditions apparaissent particulièrement déterminantes dans cette équation :
- la préparation des projets,
- la solidité des cadres réglementaires et
- la mise en place de mécanismes de partage des risques.
La préparation constitue notamment une étape essentielle pour réduire les incertitudes et améliorer la bancabilité des projets. Elle doit aller de pair avec des institutions réglementaires suffisamment solides pour encadrer un secteur soumis à des normes particulièrement exigeantes. Le partage des risques devra également occuper une place centrale afin de permettre une mobilisation plus large des capitaux publics et privés.
Le nucléaire dans la nouvelle équation énergétique africaine
La participation de Serge Ekué au World Nuclear Symposium 2026 intervient alors que plusieurs pays africains explorent ou renforcent leurs ambitions dans le domaine nucléaire, dans un contexte marqué par la nécessité d’accroître l’accès à une énergie fiable et de diversifier les sources de production. Pour l’Afrique de l’Ouest, la question dépasse ainsi la seule construction éventuelle de centrales nucléaires. Elle renvoie à la capacité de la région à préparer ses projets, renforcer ses réseaux, mobiliser des financements adaptés et mutualiser davantage ses infrastructures énergétiques. À travers son intervention, Serge Ekué a ainsi rappelé la place que peuvent occuper les banques multilatérales de développement dans cette transformation.
Un message qui dessine une ligne claire : avant de financer le nucléaire africain, il faudra d’abord mieux préparer les projets, sécuriser leur environnement réglementaire et inventer des mécanismes capables de répartir les risques à la hauteur des investissements.






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