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AIST à Cotonou : Oumara Assouma appelle les Trésors publics à devenir les « requins » face à la crise climatique

Photo : Le DG du TCP du Bénin, Oumara Assouma, à Cotonou, ce mardi 15 septembre/© Clétius Savoédah


À l’ouverture du 17ᵉ colloque annuel de l’Association Internationale des Services du Trésor (AIST), ce mardi 15 septembre, à Cotonou, le Directeur général du Trésor et de la Comptabilité Publique (TCP) du Bénin, Oumara Assouma, a livré un message qui dépasse le simple cadre protocolaire. Face à l’urgence écologique, il appelle les administrations financières à changer de posture et à mettre leur puissance budgétaire au service de la transformation environnementale. S’appuyant sur une image tirée de la mémoire du roi Béhanzin, il invite les Trésors publics à ne pas subir la « tempête » climatique, mais à « tracer leur propre voie ».

« Le requin ne craint pas la tempête »

C’est l’une des images fortes qui restera de cette ouverture du colloque de l’AIST à Cotonou. Dans son mot de bienvenue, Oumara Assouma a convoqué la mémoire historique du Bénin pour donner une dimension particulière au défi qui se présente désormais aux administrations du Trésor. « Le requin ne craint pas la tempête, il fend les flots et trace sa propre voie. », a-t-il rappelé, citant un précepte attribué au roi Béhanzin. Pour le Directeur général du Trésor et de la Comptabilité Publique, cette image traduit la posture que doivent adopter les administrations financières face aux bouleversements climatiques. Elles ne sauraient rester spectatrices d’une crise qui affecte les économies, les populations et les équilibres budgétaires. « Face donc aux défis climatiques mondiaux, les services du Trésor et ceux en charge des finances publiques ne sauraient subir passivement la crise. », a-t-il martelé. Le message est clair : les finances publiques doivent désormais être une force d’anticipation et d’action face à l’urgence environnementale.

De la rigueur financière à l’urgence écologique

Le thème du colloque (« Les finances publiques au service de l’impératif environnemental ») prend ainsi une dimension concrète dans le discours du responsable béninois. Pendant longtemps, la mission des administrations du Trésor a principalement été associée à la mobilisation, à la gestion, au contrôle et à la comptabilisation rigoureuse des ressources publiques. Pour Oumara Assouma, cette conception doit désormais s’élargir. « Il ne s’agit plus seulement de mobiliser, de gérer ou de comptabiliser avec rigueur. Il s’agit en plus de garantir la pérennité du monde après le monde. », a-t-il lancé. Une formule forte qui résume l’enjeu de cette rencontre internationale : comment faire en sorte que les choix budgétaires d’aujourd’hui ne compromettent pas les conditions de vie et de développement de demain ?

Le budget public appelé à changer de couleur

Cette nouvelle responsabilité passe, selon le Directeur général, par une évolution profonde des instruments de gestion publique. Budget vert, commande publique responsable, fiscalité environnementale, traçabilité et neutralité figurent parmi les pistes évoquées dans son intervention. Derrière ces concepts se dessine une nouvelle philosophie de l’action publique : chaque franc mobilisé ou dépensé par l’État doit pouvoir être apprécié également à l’aune de son impact sur l’environnement. La finance publique ne serait donc plus seulement jugée sur sa régularité et son efficacité économique. Elle doit également contribuer à la résilience des sociétés et à la préservation des générations futures.

Vingt ans d’AIST, un nouveau seuil à franchir

Cette réflexion intervient alors que l’AIST célèbre un anniversaire symbolique. Oumara Assouma a souligné les vingt années d’existence et de coopération au cours desquelles l’association s’est imposée comme un espace de dialogue, d’apprentissage mutuel et de modernisation des services du Trésor. Les administrations ont déjà dû s’adapter à de profondes mutations technologiques, notamment avec la digitalisation et, plus récemment, l’intelligence artificielle. Pour le responsable béninois, cette capacité d’adaptation doit désormais être mobilisée sur un nouveau front : celui de la transition écologique. « Aujourd’hui, le devoir nous appelle à franchir un autre seuil historique, celui de mettre la rigueur financière au service de l’urgence écologique. », a-t-il déclaré. Une nouvelle frontière pour les métiers du Trésor, mais aussi une nouvelle responsabilité pour les décideurs publics.

« Nouer la nouvelle porte au bout de l’ancienne »

Dans son intervention, Oumara Assouma a également insisté sur la nécessité d’inscrire la transition écologique dans la continuité des exigences traditionnelles de bonne gestion. S’appuyant sur une autre image issue de la mémoire collective, il a estimé que la transition écologique ne doit pas être perçue comme une rupture avec les principes de gestion publique, mais comme leur prolongement. « La transition écologique n’est pas une rupture dans nos exigences de gestion. Elle est le prolongement naturel et la matérialisation moderne de notre responsabilité envers nos concitoyens. », a-t-il souligné. Autrement dit, verdir les finances publiques ne signifie pas abandonner la rigueur budgétaire. Il s’agit plutôt de lui donner une nouvelle finalité.

Cotonou, capitale d’un débat appelé à s’imposer

En accueillant ce 17ᵉ colloque annuel de l’AIST, le Bénin offre ainsi une tribune internationale à une question qui devrait occuper durablement les administrations financières : comment financer la transition écologique sans compromettre la soutenabilité des finances publiques ? Durant deux jours au Sofitel Marina Hotel, représentants des administrations du Trésor, experts, universitaires, partenaires techniques et financiers et chefs de délégation confrontent leurs expériences autour de cette problématique. À travers la voix d’Oumara Assouma, le Bénin a donné le ton dès l’ouverture : face à la tempête climatique, les Trésors publics ne doivent pas attendre que les vagues les emportent. Ils doivent apprendre à les fendre, à anticiper et à tracer leur propre voie. Et si l’image du « requin » de Béhanzin devait servir de boussole à cette nouvelle génération de finances publiques,3 le message du Directeur général du Trésor béninois est sans ambiguïté : l’argent public ne doit plus seulement financer le présent. Il doit aussi contribuer à sauver l’avenir.

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