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Finance climatique : Luc Gnacadja dénonce le fossé entre les milliards mobilisés et les territoires

Photo : Le maire de Cotonou et président de l’ANCB, Luc-Marie Constant Gnacadja, à Cotonou, ce mardi 15 septembre


À Cotonou, les discussions du 17e colloque international de l’Association Internationale des Services du Trésor (AIST) ont mis en lumière les difficultés persistantes de la finance climatique à atteindre les territoires. Intervenant lors de la Table ronde N°1 consacrée au cadre institutionnel international de la protection de l’environnement, Luc Marie-Constant Gnacadja a appelé à franchir le « dernier kilomètre » entre les mécanismes internationaux de financement et les réalités concrètes des populations.

Les conventions internationales existent. Les mécanismes financiers sont nombreux. Les annonces de mobilisation de ressources se multiplient. Mais une question demeure : ces financements parviennent-ils réellement jusqu’aux territoires qui en ont besoin ? C’est l’une des principales préoccupations soulevées par Luc Marie-Constant Gnacadja, ancien ministre de l’Urbanisme, maire de Cotonou et président de l’Association Nationale des Communes du Bénin (ANCB), lors de la Table ronde N°1 du colloque de l’AIST, placée sous le thème : « Cadre institutionnel international de la protection de l’environnement : de l’engagement international à l’action publique ».

Des instruments internationaux, mais un « dernier kilomètre » à franchir

Pour Luc-Marie Constant Gnacadja, le monde dispose déjà d’un arsenal important pour répondre aux défis environnementaux et climatiques. Il a notamment rappelé les instruments issus des trois grandes conventions dites de Rio : la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, avec l’Accord de Paris et son architecture autour de l’article 6, la Convention sur la diversité biologique ainsi que la Convention sur la lutte contre la désertification et la gestion durable des terres. À ces dispositifs s’ajoutent différents mécanismes de financement, dont le Fonds pour l’environnement mondial (FEM/GEF). L’enjeu, selon lui, n’est donc plus simplement de multiplier les instruments. Il faut désormais réussir à les articuler et surtout à les rendre accessibles à ceux qui doivent agir sur le terrain. « Ma conviction est qu’on peut paralléliser ces instruments-là. », a-t-il expliqué, avant de pointer la difficulté majeure : « le dernier kilomètre ». C’est précisément ce dernier maillon, entre les mécanismes internationaux et les territoires, qui reste à consolider.

Quand les milliards mobilisés n’arrivent pas sur le terrain

Pour l’ancien ministre, le débat sur la finance climatique ne peut pas se limiter aux montants annoncés par les institutions financières et les banques multilatérales. Il faut regarder ce qui arrive effectivement au niveau des territoires. Une préoccupation d’autant plus importante que les collectivités locales sont en première ligne face aux conséquences du changement climatique : inondations, érosion côtière, dégradation des terres, perte de biodiversité ou encore vulnérabilité des infrastructures. Or, observe Luc Gnacadja, les institutions financières mettent souvent en avant les milliards de dollars qu’elles disent avoir mobilisés. Mais mobiliser n’est pas nécessairement décaisser. Et c’est précisément sur cette différence que l’intervenant entend attirer l’attention.

« Si vous mobilisez et que vous ne décaissez pas… »

Le président de l’ANCB a livré une formule particulièrement forte à l’endroit des banques multilatérales et autres institutions impliquées dans le financement climatique.

« Si vous mobilisez et que vous ne décaissez pas, c’est un indicateur de contre-performance pour vous. »

Une déclaration qui remet au centre du débat la question de l’efficacité réelle des financements climatiques. Pour Luc-Marie Constant Gnacadja, la performance ne devrait donc plus être appréciée uniquement à partir des sommes annoncées ou engagées. Elle doit également être évaluée à partir de la capacité des ressources à atteindre les projets et les territoires concernés.

Le coût de l’inaction face au bénéfice de l’action

L’intervenant a également insisté sur la nécessité pour les États de raisonner davantage en termes de coût de l’inaction et de bénéfices de l’action. Face aux conséquences croissantes du dérèglement climatique, ne pas investir aujourd’hui dans la prévention, la résilience et la protection de l’environnement peut générer demain des coûts beaucoup plus importants. La question climatique devient ainsi une question directement liée à la gestion des finances publiques. Pour les États, mais aussi pour les collectivités territoriales, il s’agit de savoir comment orienter les ressources disponibles vers des investissements capables de réduire la vulnérabilité des populations et de préserver les ressources naturelles.

Les territoires, maillon essentiel de la transition

Le message de Luc-Marie Constant Gnacadja prend une résonance particulière dans son rôle de maire de Cotonou et de président de l’ANCB. Les collectivités territoriales sont directement confrontées aux conséquences des choix environnementaux et climatiques. Elles sont également appelées à mettre en œuvre une partie importante des politiques d’adaptation et de résilience. D’où la nécessité, selon l’ancien ministre, de mieux connecter les mécanismes internationaux aux réalités locales. Entre les conventions internationales, les banques multilatérales, les États et les territoires, le financement climatique ne doit plus se perdre en chemin. À Cotonou, Luc-Marie Constant Gnacadja pose ainsi une exigence claire : les milliards annoncés doivent devenir des projets financés, les projets financés doivent produire des résultats et ces résultats doivent être visibles dans les territoires. C’est à cette condition que la finance climatique pourra véritablement passer de l’engagement international à l’action publique concrète.

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