La décision rendue par la Cour de Répression des Infractions Économiques et du Terrorisme (CRIET) dans l’affaire de violences sexuelles sur un nourrisson de 14 mois, dans la commune de Dassa-Zounmè, ne laisse pas indifférent. Elle dérange, elle interroge, et surtout, elle fracture l’opinion. Car au-delà des termes juridiques et des subtilités procédurales, une réalité brute s’impose : un bébé, à peine âgé de 14 mois, a subi des violences d’une extrême gravité. Face à cela, la condamnation de Samikpo Eugène Houégnon à 7 ans de prison dont 5 fermes apparaît, pour beaucoup, en décalage avec l’horreur des faits.
- Le droit contre le ressenti
La justice a ses règles. Elle qualifie, elle prouve, elle tranche. Elle ne juge pas l’émotion, mais des faits établis selon des critères stricts. Et c’est précisément là que le malaise s’installe. Quand l’opinion parle de « viol sur un nourrisson », le droit retient « atteinte sexuelle sur mineure de moins de 13 ans ». Une différence de mots qui, pour les juristes, est essentielle. Pour les citoyens, elle est incompréhensible. Ce décalage n’est pas qu’un problème de vocabulaire. Il révèle une fracture plus profonde entre la justice telle qu’elle est rendue et la justice telle qu’elle est ressentie.
- Une peine qui questionne la dissuasion
Sept ans de prison, dont cinq fermes. La question n’est pas seulement de savoir si la peine est légale. Elle l’est. La vraie question est ailleurs : est-elle dissuasive ? Dans une société confrontée à la montée des violences sexuelles, notamment sur les mineurs, la réponse pénale est aussi un signal. Elle dit ce qui est tolérable et ce qui ne l’est pas. Elle trace une ligne rouge. Or ici, beaucoup ont le sentiment que cette ligne est floue. Le fait que le condamné ait obtenu une réduction de peine en appel, après une condamnation initiale plus lourde, renforce ce trouble. Certains y voient un mécanisme normal du droit. D’autres, une forme de relâchement.
- Une société en quête de repères
Les réactions populaires, parfois excessives, traduisent une angoisse réelle : celle d’une société qui doute de sa capacité à protéger les plus vulnérables. Quand un nourrisson devient victime, ce n’est pas seulement un crime. C’est un symbole. Celui d’un système qui n’a pas su prévenir, ni empêcher, ni peut-être sanctionner à la hauteur attendue. Faut-il pour autant céder à la tentation des peines extrêmes ? La réponse n’est pas simple. Mais ignorer le malaise serait une erreur.
- Repenser la réponse pénale ?
Cette affaire pose, en filigrane, une question essentielle :
- le cadre légal actuel est-il adapté à la gravité de certains crimes, notamment ceux commis sur des enfants en bas âge ?
- Faut-il introduire des circonstances aggravantes spécifiques pour les nourrissons ?
- Faut-il revoir l’échelle des peines ?
- Faut-il mieux accompagner les victimes et renforcer la prévention ?
Autant de pistes qui méritent d’être posées, au-delà de l’émotion.
- Une justice à expliquer, une confiance à reconstruire
La justice ne peut se contenter de rendre des décisions. Elle doit aussi les rendre compréhensibles. Car lorsqu’une large partie de la population ne comprend plus, c’est la confiance qui vacille. Dans cette affaire, la question qui demeure n’est pas seulement judiciaire. Elle est profondément sociale et morale :
comment une société protège-t-elle ses enfants, et quel prix accorde-t-elle à leur dignité ?
Bienvenu DJISSA n’a pas la réponse à cette question.



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