Photo : Le président de la BOAD, Serge Ekué, au LEAD Retreat 2026, vendredi 28 août
Dans un monde marqué par les fractures géopolitiques et la recomposition des équilibres internationaux, l’Afrique doit davantage compter sur ses propres capacités pour définir et défendre ses priorités de développement. C’est l’un des messages forts portés par Serge Ekué, président de la Banque Ouest-Africaine de Développement (BOAD), lors du LEAD Retreat 2026, vendredi 28 août. Invité à intervenir dans le cadre d’un « Solo Fireside » autour du thème « African Agency in a Fractured World Order », le dirigeant béninois s’est entretenu avec une cinquantaine de cadres dirigeants du secteur public et de responsables institutionnels africains. Une séquence consacrée aux défis auxquels le continent est confronté et aux conditions nécessaires pour renforcer sa capacité d’action dans un environnement international de plus en plus fragmenté.
L’Afrique de l’Ouest face aux nouvelles fractures mondiales
Au cœur des échanges, les réalités de l’Afrique de l’Ouest et les mutations de l’ordre mondial. Pour Serge Ekué, les bouleversements géopolitiques actuels imposent de renforcer les fondations économiques des pays africains. L’énergie, la sécurité alimentaire et les infrastructures apparaissent ainsi comme des priorités stratégiques pour consolider la résilience de la région et réduire ses vulnérabilités. Ces secteurs constituent également des leviers essentiels pour accélérer l’intégration économique et améliorer les conditions de vie des populations. Dans cette perspective, le financement du développement ne peut être dissocié d’une réflexion plus large sur la capacité des institutions africaines à agir rapidement et efficacement face aux transformations mondiales.
Les leçons de la Covid-19 : accélérer et renforcer la résilience
La crise sanitaire de la Covid-19 a également occupé une place importante dans les échanges. Cette période a révélé les fragilités des économies et des systèmes institutionnels, mais également la nécessité pour les acteurs du développement de pouvoir réagir avec davantage de célérité lorsque survient une crise. Serge Ekué a partagé les enseignements tirés de cette expérience, notamment autour de l’accélération des réponses, du renforcement de la résilience et de la modernisation des opérations. La crise a aussi montré l’importance de disposer d’instruments financiers capables de répondre à des besoins nouveaux. À ce titre, le recours à des mécanismes innovants, notamment les obligations durables, a été évoqué comme l’une des pistes permettant de mobiliser davantage de ressources au service du développement.
De la banque d’investissement à la banque multilatérale : l’expérience de Serge Ekué
L’intervention a également permis au président de la BOAD de revenir sur son propre parcours professionnel et sur son passage de la banque d’investissement au leadership d’une institution multilatérale de développement. Cette expérience lui a permis de mettre en perspective deux univers qui, bien que différents, partagent plusieurs exigences : efficacité, maîtrise des risques, optimisation du capital et recherche de performance. Mais à la tête d’une banque de développement, ces impératifs doivent être articulés avec les réalités économiques et sociales des États membres. La recherche de consensus prend ainsi une dimension particulière. Il s’agit de concilier la rigueur financière avec les besoins des populations et les priorités de développement des pays bénéficiaires.
« African Agency » : préserver sa crédibilité pour mieux agir
L’un des principaux enseignements de cette rencontre réside dans la réflexion autour de la notion d’African Agency, autrement dit la capacité de l’Afrique à définir elle-même ses priorités et à agir en fonction de ses propres intérêts. Dans un environnement international marqué par les tensions géopolitiques et les incertitudes économiques, cette capacité d’action repose notamment sur trois exigences : la crédibilité financière et institutionnelle, l’agilité dans la prise de décision et la rapidité d’intervention. Pour les institutions africaines, il ne s’agit donc pas de se couper du reste du monde. Il s’agit plutôt de disposer de suffisamment de solidité et d’autonomie pour définir les réponses correspondant aux réalités du continent. Une démarche qui suppose de maintenir une discipline financière rigoureuse tout en veillant à ce que les objectifs de développement demeurent au cœur des décisions.
La BOAD comme outil au service des priorités régionales
Cette réflexion résonne directement avec la mission de la BOAD et avec les orientations portées par son nouveau plan stratégique. Énergie, infrastructures, sécurité alimentaire, développement du secteur privé, résilience climatique et intégration régionale figurent parmi les grands enjeux auxquels l’institution entend répondre. À travers ses interventions, la BOAD cherche ainsi à mobiliser des ressources et à mettre en place des instruments adaptés aux besoins des économies de l’UEMOA. L’enjeu est double : financer davantage de projets structurants tout en préservant la solidité financière de l’institution.
Un échange stratégique avec le Professeur Abdoulaye Ndiaye
En marge de cette séquence du LEAD Retreat 2026, Serge Ekué a également eu un échange avec le Professeur Abdoulaye Ndiaye, économiste et lauréat du Prix du meilleur jeune économiste africain de Jeune Afrique. Spécialiste des politiques fiscales, de la macroéconomie et des questions de développement, ce dernier a échangé avec le dirigeant béninois de la BOAD sur plusieurs enjeux stratégiques qui se trouvent aujourd’hui au cœur des préoccupations du continent. Les discussions ont notamment porté sur la dette souveraine, le financement des infrastructures et le développement durable. Un dialogue qui illustre l’importance du rapprochement entre expertise économique, institutions financières et décideurs africains pour mieux appréhender les défis structurels auxquels le continent est confronté.
_Construire une capacité d’action africaine
À travers sa participation au LEAD Retreat 2026, Serge Ekué a ainsi défendu une conviction : dans un monde devenu plus incertain, l’Afrique doit renforcer sa capacité à agir sur la base de ses propres priorités. Cette ambition ne signifie ni repli ni isolement. Elle suppose au contraire une Afrique suffisamment crédible, solide et agile pour dialoguer avec ses partenaires, mobiliser les capitaux, attirer les investissements et défendre ses intérêts. De l’énergie à la sécurité alimentaire, des infrastructures au financement du développement, les défis sont nombreux. Mais derrière ces défis se trouve une question centrale : comment faire en sorte que l’Afrique ne soit plus seulement spectatrice des grandes transformations mondiales, mais qu’elle dispose des moyens de contribuer à les façonner ? C’est précisément tout l’enjeu de cette réflexion sur l’African Agency, à laquelle le président de la BOAD a apporté, à travers son expérience et sa vision, une contribution remarquée au LEAD Retreat 2026.





Soyez le premier a laisser un commentaire