Appuyez sur “Entrée” pour passer au contenu

AIST à Cotonou : Charles Yèhouénou met les experts au défi de « construire » des finances publiques plus vertes

Photo : Le DC Charles Yèhouénou,  représentant le ministre de l’Économie et des Finances chargé de la Coopération, Aristide Mèdénou, en famille avec les participants, à Cotonou, ce mardi 15 septembre/ © Clétius Savoédah


Le 17ᵉ colloque de l’Association Internationale des Services du Trésor (AIST) est officiellement ouvert à Cotonou. Représentant le ministre de l’Économie et des Finances chargé de la Coopération, Aristide Mèdénou, le Directeur de Cabinet Charles Yèhouénou a donné, ce mardi 15 septembre, une tonalité résolument offensive aux travaux. Face aux enjeux environnementaux, le gouvernement béninois ne veut pas d’un colloque de plus. Il réclame des solutions concrètes, audacieuses et directement applicables pour transformer les finances publiques en véritable levier de transition écologique.

« Nous n’attendons pas des concepts abstraits »

Charles Yèhouénou

Le message de Charles Yèhouénou a le mérite de la clarté. Devant les délégations venues de plusieurs horizons, les experts et les partenaires réunis au Sofitel Marina Hotel, le représentant du gouvernement béninois a fixé la barre particulièrement haut. « Le Bénin n’attend pas de ces colloques […] des concepts abstraits. Nous attendons […] une moisson de solutions audacieuses et immédiatement applicables. », a-t-il lancé. Une déclaration qui donne le ton des deux journées de travaux. Pour le gouvernement, les échanges sur les finances publiques et l’environnement ne doivent pas rester confinés aux salles de conférence. Ils doivent déboucher sur des instruments capables de modifier concrètement les pratiques des administrations financières.

Du constat à l’action

Pendant deux décennies, l’AIST s’est imposée comme un espace de dialogue, de partage d’expériences et de modernisation des services du Trésor. Les administrations financières ont déjà franchi plusieurs étapes, notamment avec la transformation numérique et l’intelligence artificielle. Mais pour Charles Yèhouénou, une nouvelle frontière s’impose désormais : l’intégration de l’impératif environnemental dans toutes les dimensions de la gestion publique. La mobilisation des recettes, la discipline budgétaire, la fiabilité des comptes et la maîtrise des coûts demeurent indispensables. Elles constituent, selon lui, la colonne vertébrale de l’action des administrations financières. Mais elles ne suffisent plus dans un monde confronté aux dérèglements climatiques. L’action publique doit désormais être appréciée également à travers ses impacts économiques, humains et environnementaux.

« La finance et la sauvegarde de la nature » : deux faces d’une même monnaie

Le représentant du ministre de l’Économie et des Finances a insisté sur un changement de paradigme. Il ne s’agit plus d’opposer les impératifs financiers à la préservation de l’environnement. Au contraire, les deux dimensions doivent désormais être pensées ensemble. Du cadre budgétaire aux dépenses publiques, de la commande publique responsable à la fiscalité écologique, les administrations sont appelées à revoir leurs mécanismes et leurs outils. La traçabilité des transferts, la qualité du reporting, la sécurisation des engagements financiers et les mécanismes de suivi doivent également être renforcés. L’objectif est de faire de la finance publique un instrument capable d’accompagner la transition écologique tout en garantissant la transparence et la performance de la dépense publique.

Le défi lancé aux experts : des outils, pas seulement des recommandations

Charles Yèhouénou n’a pas seulement exposé la vision du gouvernement. Il a surtout lancé une véritable feuille de route aux participants. « Proposez un mécanisme de régulation du progrès. Proposez un outil de budgétisation et de traçabilité d’une précision chirurgicale. Proposez des indicateurs de performance. Proposez de nouveaux canaux de mobilisation des secteurs souverains et privés. », a-t-il exhorté. Le gouvernement béninois attend donc des travaux des réponses opérationnelles. Les normes jugées dépassées doivent être réexaminées, les anciennes pratiques questionnées et les mécanismes de financement adaptés aux nouvelles réalités environnementales. « Remettez à jour des normes dépassées et dépoussiérez les anciennes pratiques. », a encore insisté le Directeur de Cabinet.

Le Bénin veut préparer ses finances à la prochaine tempête

Pour illustrer cette nécessité d’anticipation, Charles Yèhouénou s’est appuyé sur une image particulièrement évocatrice. Face aux chocs climatiques, le Trésor public ne doit pas attendre que la crise survienne pour chercher des réponses. Il doit, au contraire, préparer l’architecture financière avant la tempête. Cette philosophie rejoint l’appel lancé quelques instants plus tôt par le Directeur général du Trésor et de la Comptabilité publique, *Oumara Assouma*, qui avait invité les services du Trésor à ne pas subir passivement les défis climatiques. Les deux interventions convergent ainsi sur un même impératif : anticiper plutôt que subir.

« Pas le colloque des vaines paroles, mais celui du travail »

En clôturant son intervention, Charles Yèhouénou a formulé un vœu qui résume à lui seul l’ambition du Bénin pour cette rencontre internationale. « Que ce colloque de Cotonou ne soit pas le colloque des vaines paroles, mais celui du travail. », a-t-il déclaré. Le ton est donné. Le gouvernement béninois souhaite que les réflexions engagées au cours de ces deux journées permettent de jeter les bases d’une alliance renouvelée entre les administrations financières autour d’une gestion publique plus forte, plus verte, plus transparente et plus performante. C’est donc un véritable contrat d’exigence que Cotonou propose aux participants de l’AIST : transformer les idées en instruments, les recommandations en mécanismes et les ambitions environnementales en réalités budgétaires.

Cotonou, rendez-vous d’un nouveau modèle de finance publique

À travers ce colloque, le Bénin entend également défendre une vision de la transformation financière qui ne dissocie pas les mécanismes budgétaires des réalités du territoire. La préservation de la terre, la résilience des économies, la mobilisation du capital privé et public et la transparence financière doivent désormais avancer ensemble. « Nous avons […] la capacité stratégique et la responsabilité historique d’orienter le cours du capital […] vers la sauvegarde de notre environnement. », a affirmé Charles Yèhouénou. Une ambition qui place les services du Trésor devant une responsabilité nouvelle : faire de la puissance financière des États un instrument de protection de leur avenir. À Cotonou, le gouvernement béninois ne demande donc pas simplement de réfléchir à la finance verte. Il demande de la construire.

Soyez le premier a laisser un commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Mission News Theme by Compete Themes.