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Déconfinement : Pourquoi le débat sur le rapport entre coronavirus et enfants après la réouverture partielle des écoles ?

Photo : Les écoliers de l’École Urbaine Centre (EUC) de Porto-Novo de retour en classe, ce lundi 11 mai, à Porto-Novo


La réouverture partielle des écoles, risque-t-elle d’entraîner un retour de l’épidémie causée par le Coronavirus Sars-Cov2 ? Pourquoi le rôle des enfants et de l’école fait débat même chez les chercheurs ? Autant de questions qui suscitent des commentaires et débat au sein des populations au lendemain du déconfinement au Bénin. Ce lundi 11 mai, le retour en classe partiel, a été effectif dans tout le Bénin. Le ministre béninois des Enseignements Maternel et Primaire, Salimane Karimou, a fait le constat à l’École Urbaine Centre (EUC) de Porto-Novo, la capitale du Bénin. Et malgré les précisions distillées par ce dernier et l’assurance des dispositions prises par le gouvernement du président Patrice Talon, les incertitudes demeurent nombreuses. Jusqu’à ce jour, les plus jeunes semblent être épargnés par le Covid-19, ou sont majoritairement asymptomatiques. Mais sont-ils contagieux et peuvent-ils participer à la survenue d’une seconde vague épidémique ? Une seconde vague bien meurtrière qui a déjà commencé d’ailleurs avec des cas de victimes. Avant même le début du déconfinement, certaines confédérations syndicales n’étaient pas d’accord avec le calendrier gouvernemental sur la question de la réouverture des écoles. Alors que les primaires s’apprêtaient à accueillir dès ce lundi des enfants, il faut le rappeler, dans des conditions bien particulières, les défenseurs des droits des travailleurs dans le secteur éducatif ont appelé Patrice à repousser la rentrée. Ils critiquent un calendrier irréalisable, à marche forcée, et le risque de responsabilité que cette réouverture fait peser sur les édiles. En France que le Bénin a suivie dans cette histoire du déconfinement à la même date, s’il faut le dire ainsi, les chercheurs ont dans un premier temps conseillé le président français Emmanuel Macron de reporter à septembre prochain la rentrée des classes. Il faut dire que le sujet est compliqué. D’un côté, les conséquences négatives sociétales et économiques liées à la fermeture des écoles depuis mars, une « catastrophe pour les plus vulnérables des enfants et des adolescents » et une « bombe à retardement ». De l’autre côté de la balance, évidemment, le risque d’une seconde vague épidémique de Coronavirus. Mais le problème, c’est que ce risque est loin d’être clair, les chercheurs sont eux-mêmes très partagés sur le rapport entre coronavirus et enfants. À en croire les virologues, « la quantité de charge virale pouvant être détectée dans les voies respiratoires ne diffère pas selon les groupes d’âge ». Selon les épidémiologistes, « les enfants jouent un faible rôle dans la transmission. », a ainsi résumé sur Twitter le Directeur de l’Institut de Santé Global (ISG) de Genève, professeur Antoine Flahault. Si cela est rassurant, il ne faut pas en déduire que les enfants sont obligatoirement peu concernés et que les écoles ne sont pas un possible lieu de contamination. D’abord, car les enfants étant a priori peu, voire asymptomatiques, il est logique qu’ils soient sous-représentés dans les hôpitaux.

Les résultats des études qui interrogent sur l’infectiosité réelle des enfants… Charge virale plus faible

Le débat sur la réouverture des écoles a, en effet, été relancé via une étude prépubliée mercredi 29 avril dernier. Les auteurs de cette étude alertent sur le fait que les enfants pourraient finalement être aussi contagieux que les adultes. Sans apporter évidemment de certitude absolue, les scientifiques expliquent avoir découvert que la charge virale ne diffère pas avec l’âge. Un résultat limité, mais qui, mis en perspective, interroge sur l’infectiosité réelle des enfants. Suite aux résultats observés, les auteurs « mettent en garde contre une réouverture sans limites des écoles et crèches dans la situation présente », car « les enfants pourraient être aussi infectieux que les adultes ». Et l’auteur principal, Christian Drosten, n’est pas n’importe qui. C’est l’équipe de ce dernier qui a découvert le virus du Sras en 2003. De nombreux virologues et épidémiologistes ont réagi à cette prépublication sur Twitter. Des données « importantes, si ce n’est décisives » sur le rôle des enfants dans la propagation de l’épidémie, note un professeur d’épidémiologie à Harvard, Bill Hanage. « Des données très importantes, notamment, car elles viennent d’un endroit où les tests » sont très répandus, estime le microbiologiste Rich Davis. « Des données de qualité » qui interrogent sur l’impact de la réouverture des écoles « si les précautions sont levées trop tôt », commente pour sa part, le spécialiste des maladies infectieuses, Isaac Bogoch. Les auteurs de l’étude ont analysé 3712 résultats positifs de tests PCR (ceux qui détectent la présence du virus) obtenus par deux des principaux laboratoires de Berlin, en Allemagne. Ils y ont analysé la charge virale, c’est-à-dire le nombre de virus retrouvés dans un échantillon nasal. C’est cette charge qui permet de dire si une personne est infectée. Des travaux antérieurs ont montré que ce chiffre semble également corrélé à la contagiosité d’une personne (son risque, de transmettre la maladie, rappelle l’étude). Il est à indiquer qu’une deuxième étude similaire montre que les chercheurs ont ensuite divisé les tests par classe d’âge. Le résultat, c’est donc qu’aucune différence n’est notable. Et comme la charge virale semble liée à l’infectiosité, cela fait dire aux auteurs qu’il y a un risque non-négligeable qu’un enfant atteint du Coronavirus soit aussi contagieux qu’un adulte. Le graphique ci-dessous résume les résultats de l’étude. Les couleurs représentent les différentes classes d’âge. Chaque point est le résultat d’un test PCR. Plus le point est haut, plus la charge virale est importante. Ce que l’on voit, c’est donc que les points sont répartis de manière à peu près homogène verticalement. Le fait que les points sont beaucoup moins nombreux chez les plus jeunes montre simplement qu’ils ont été moins nombreux à être testés positifs. Ce qui peut faire croire à une bonne nouvelle, mais pourrait être l’arbre qui cache la forêt (nous allons revenir sur ce point dans nos prochaines publications à ce sujet).Une autre étude, mise en ligne le 1er mai et non revue par des pairs, va dans le même sens : les enfants semblent répandre autant le virus que les adultes. Une des auteurs, Isabella Eckerle, rappelle sur Twitter que cette étude porte sur peu d’enfants (23) et ne concerne que les malades. Évidemment, ces données sont importantes, mais amplement insuffisantes pour trancher. Pour autant, dans leur étude, les auteurs allemands mettent en exergue d’autres travaux qui, pris ensemble, pourraient indiquer que les enfants sont, au même titre que les adultes, vecteurs de l’épidémie.

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