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Hommages aux trésors royaux : De l’émotion dévastatrice de Patrice Talon à l’Élysée, à son pessimisme à La Marina, la cérémonie a eu lieu

Photo : Les princesses de la Cour royale d’Abomey issues du Conservatoire des danses cérémonielles, autour la caisse contenant l’immense trône du roi Ghézo, à La Marina, ce mercredi 10 novembre


Ce mercredi 10 novembre, dans l’après-midi, 26 œuvres d’art des trésors royaux du Danxomè (Dahomey), aujourd’hui République du Bénin, sont retournées depuis 130 ans qu’elles ont été pillées par les troupes coloniales françaises au XIXème (19ème) siècle. Ces propriétés patrimoniales retrouvent donc leur terre natale après un voyage de près de six heures dans un avion cargo affecté spécialement par le pays colonisateur, l’État français. La célébration de leur retour oblige au regard de l’immensité et de poids historique que portent ces objets exceptionnels qui ont connu un atterrissage réussi cette soirée sur le tarmac de l’aéroport international Cardinal Bernardin Gantin (CBG) de Cotonou. Une cérémonie officielle a donc été organisée pour les accueillir ici au Bénin. C’est au Palais de La Marina que cette cérémonie d’hommage aux trésors royaux s’est déroulée avec au rendez-vous, tous les éléments d’une cérémonie solennelle en présence des têtes couronnées, autorités politiques et hommes en uniforme ; tapis rouge, honneurs militaires,… . Seules absences, celles des anciens présidents (encore vivants) Nicéphore Dieudonné Soglo (1991 – 1996) et Thomas Boni Yayi (2006 – 2016). Le dernier étant à l’extérieur du pays pour des raisons qui seraient sanitaires.

Les hommages rythmés à l’immense trône du roi Guézo, le 9ème roi d’Abomey

Avant de se rendre à la Présidence, les œuvres emblématiques ont reçu tout au long de leur passage en convoi de trois camions circonstanciels sur le boulevard Jean-Paul 2, entre l’aéroport BCG et La Marina, un vibrant hommage trottoir des curieux béninois ressortissants de toutes les régions du Bénin. Quelques minutes après l’arrivée du chef de l’État béninois sur la scène de la cérémonie, et son échange des civilités avec ses invités, personnalités civiles et chefs traditionnels, les œuvres ont fait leur entrée au Palais de La Marina à bord de trois camions au décor expressif. L’arrivée des trésors et l’installation de la caisse contenant l’immense trône du roi Ghézo, sont les premières images du retour sur leur terre d’origine des identités culturelles et patrimoniales béninoises. C’est donc autour du trône du prince Gankpé, le neuvième roi d’Abomey de 1818 à 1858 (sans compter ni Adandozan, ni la reine Hangbé) que se sont déroulée les danses cérémonielles dignes d’un roi. D’abord, il faut rappeler que quatre (04) différents groupes étaient retenus pour rendre des hommages rythmés aux trésors royaux :

  1. Le groupe des femmes formées par le Conservatoire de Danses Cérémonielles et Royales d’Abomey ;
  2. La troupe des « adjogan si » en provenance du palais du roi Toffa (1874-1908) de (Hôgbonou) Porto Novo ;
  3. La troupe « ankoua anmon » de Parakou, pour danser le têkê, un rythme traditionnel bariba (Nord du Bénin où on peut aussi citer un royaume comme celui de Nikki) ; et enfin
  4. Le groupe « Chœur d’enfants du Bénin » pour l’exécution de l’Aube nouvelle en langue nationale fongbé.

« Je suis dévasté par l’émotion. »

Patrice Talon

Œuvre culturelle et patrimoniale bien emblématique, le trône du roi Ghézo, bien en place dans sa caisse avec toute son imposition, est le symbole autour duquel les hommages se sont déroulées cet après-midi. Il a reçu en premier, les hommages rythmiques du groupe des princesses de la Cour royale d’Abomey issues du Conservatoire des danses cérémonielles. Ces dernières ont exécuté le rythme « houngan » littéralement « grand tam-tam », une danse des Amazones, ex-guerrières de l’armée d’élite des rois d’Abomey. Puis elles sont passées au « zinli », rythme funéraire et des grandes célébrations royales. Les princesses Houégbadjavi ont été suivies par leurs sœurs Ayinonvi qui ont exécuté la danse « adjogan » en hommage au trône du roi Ghézo qui sera retiré sous les honneurs militaires. Dans quelques semaines, il sera dévoilé au public béninois dans le même Palais présidentielle où les 26 œuvres pourront être visitées, selon les autorités de Porto-Novo, malgré « l’émotion dévastatrice » de l’actuel locataire. « Je suis dévasté par l’émotion. », a déclaré Patrice Talon.

« Je n’ai pas retrouvé ma sérénité. »

Patrice Talon

Visiblement, le principal acteur du retour des trésors royaux d’Abomey n’en est toujours pas remis de son refus d’être emballé hier à l’Élysée devant l’autre acteur de « l’aboutissement d’un travail qui vient de si loin, de très loin », le président français Emmanuel Macron. « Je n’ai pas retrouvé ma sérénité. », a encore dit le chef de l’État béninois à La Marina, exprimant ses premiers mots depuis son retour de Paris. Devant un parterre de ses compatriotes et des esprits symboliques de ses aïeux, le l’arrière-petit-fils du célèbre devin Guèdègbé avoue qu’il n’était pas « optimiste » quand il introduisait la demande de restitution des trésors royaux, avant d’être reconnaissant. « Pour avoir rendu cela possible, le président Emmanuel Macron mérite la reconnaissance du peuple béninois. », a exprimé Patrice Talon. Cette marque de gratitude n’a pas émoussé l’ardeur du chef de la Rupture d’insister sur le caractère incomplet de la restitution dont le nombre de pièces a été fixé unilatéralement par le France. À en croire Patrice Talon, les 26 œuvres royales présentes au Bénin ont « un caractère national », et non réservées à une seule région du pays. Ceci étant dit, l’exécution de l’Aube nouvelle en langue nationale fongbé (première langue parlée au Bénin) par le groupe « Chœur d’enfants du Bénin » a mis fin à la cérémonie officielle d’hommage aux trésors royaux d’Abomey qui accueillera les œuvres dans trois (03) ans.

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