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États-Unis : Kamala Harris à Paris, l’étoile de Joe Biden recherche-t-elle l’éclat perdu au bout de 12 mois de mandat ?

Photo : La vice-présidente américaine Kamala Harris et le président Français Emmanuel Macron, à Paris, ce mercredi 11 novembre


Kamala Harris se fait très discrète depuis la victoire de Joe Biden en novembre 2020, elle qui pourtant avait été propulsée sur le devant de la scène. Un spécialiste de la politique américaine, Nicole Bacharan, explique pourquoi. Le fantôme Kamala Harris. La vice-présidente américaine est arrivée à Paris ce mardi 9 novembre pour une visite de cinq jours. Elle a rencontré le président français Emmanuel Macron hier, mercredi 10 novembre, pour parachever la réconciliation après une sévère brouille entre Paris et Washington à propos d’un contrat de sous-marins australiens. Ensemble, ils ont participé aussi ce jour, jeudi 11 novembre, aux cérémonies du 11-Novembre et prennent part au Forum de Paris sur la paix. Propulsée sur le devant de la scène lors de la campagne présidentielle de 2020, l’ancienne procureure générale de Californie était présentée comme l’atout phare du vainqueur du scrutin, Joe Biden. Pour dépoussiérer son image, ce dernier misait en effet sur le fait d’avoir à la vice-présidence une femme issue d’une minorité, jeune et dynamique. Mais un an après la victoire du duo démocrate face à Donald Trump et Mike Pence, Kamala Harris se tient dans l’ombre, en retrait.

«L’équipe de Biden se méfie de Kamala Harris. »

Jacob Heilbrunn

Selon le directeur de la revue The National Interest, Jacob Heilbrunn, cité par l’Express, « l’équipe de Biden se méfie de Kamala Harris. La ‘team’ Biden n’a pas digéré ses propos lors des primaires, quand elle avait sous-entendu que ‘Joe’ avait, par le passé, été favorable à la ségrégation raciale ». Une idée que partage la politologue spécialiste de la politique américaine et auteure du roman Les grands jours qui ont changé l’Amérique (Éditions Perrin), Nicole Bacharan. Au cours de l’année écoulée, Kamala Harris semble s’être fait peu remarquer. Est-ce un ressenti depuis la France lié à la distance ou la vice-présidente est-elle vraiment en retrait ? « Ce n’est pas qu’une impression. Pour le moment Kamala Harris est inexistante dans cette présidence. Certes, on la voit au côté de Joe Biden lors de certaines allocutions quand il présente ou défend ses deux grands programmes sur l’infrastructure et le social, mais elle se tient en retrait, masquée, et muette forcément. », explique Nicole Bacharan. « Quant à son travail, on ne sait même pas vraiment de quels dossiers elle a été chargée, mis à part celui de l’immigration venant de la frontière avec le Mexique. Celui-ci est extrêmement difficile, alors il est normal qu’elle n’obtienne pas de résultat spectaculaire. Mais tout de même, on ne voit vraiment pas ce qu’elle y fait. Aussi, elle n’a pas eu souvent l’occasion de donner son vote au Sénat pour faire pencher la balance pour les démocrates. », continue-t-elle.

« Il y a eu en effet des moments difficiles entre les équipes du président et de la vice-présidente. »

Nicole Bacharan

À en croire la politologue, pour l’instant, le profil de Kamala Harris est très bas ; elle est très effacée et ne semble pas peser dans le jeu. Pourquoi la laisser en retrait après l’avoir mise en avant lors de la campagne ? Y aurait-il des tensions avec Joe Biden ? « C’est difficile d’apporter une réponse à cela. », précise Nicole Bacharan avant de poursuivre. « Il y a eu en effet des moments difficiles entre les équipes du président et de la vice-présidente. Je pense notamment aux primaires lorsque Kamala Harris a attaqué Joe Biden sur la ségrégation raciale. Mais la page a probablement été tournée, nécessité fait loi. », détaille-t-elle. « En revanche, il est de notoriété publique qu’il y a de gros problèmes de management dans l’équipe de Kamala Harris, avec beaucoup de mésententes. De fait, il y a une perte d’efficacité pour faire le lien avec la Maison Blanche. Cela doit jouer. », relève Nicole Bacharan. « Personne n’a le sentiment que Kamala Harris serait prête à assumer le pouvoir s’il le fallait demain. Ce n’est pas très rassurant. », indique la politologue, spécialiste des États-Unis.

« Le rôle de vice-président est très ingrat car constitutionnellement il n’a qu’une seule mission : être là si le président meurt ou est incapable d’assurer ses fonctions. »

Nicole Bacharan

À la question de savoir a-t-on déjà vu un vice-président s’effacer autant auparavant ? La politologue répond. « Oui et de toute façon, historiquement, le rôle de vice-président est très ingrat car constitutionnellement il n’a qu’une seule mission : être là si le président meurt ou est incapable d’assurer ses fonctions. », a fait savoir Nicole Bacharan. Selon la spécialiste de la politique américaine, dans l’histoire, les vice-présidents américains ont eu très peu de poids pendant les présidences et ils ont généralement vécu ça très mal. « Les présidents les tenaient globalement à l’écart puisqu’ils incarnaient la succession possible en cas de malheur. Mais à partir de Bill Clinton, les vice-présidents ont commencé à avoir plus de poids et de missions. », mentionne Nicole Bacharan. Reste à savoir maintenant si après un an de mandat, les américains considèrent-ils Kamala Harris à la hauteur de la tâche républicaine. « Pas vraiment » répondra la politologue avant d’expliquer. « Personne n’a le sentiment qu’elle serait prête à assumer le pouvoir s’il le fallait demain. », avance-t-elle. « Est-elle (Kamala Harris NDRL) au courant de tout ? Ce n’est pas l’impression qu’elle donne. Sa voix compte-t-elle vraiment à la Maison Blanche ? On ne le sait pas. Quant à son expérience, elle a été procureure et sénatrice, mais sur les deux grands volets que sont l’économie et la politique étrangère elle n’a pas semblé particulièrement préparée pendant la campagne. », relève Nicole Bacharan. « Alors non, ce n’est pas très rassurant. », affirme la spécialiste.

De toutes ces explications, vient une question de conclusion, à savoir : la venue en France de Kamala Harris peut-elle l’aider à affirmer son image ? « Oui et c’est important pour son profil international. », a sèchement répondu la politologue. « Il faut qu’elle rencontre les leaders internationaux, qu’elle tisse des liens. Pour le coup, c’est quelque chose qui va faire monter son profil, car elle n’a pas encore bien en main l’expérience internationale. », conseille la spécialiste de la politique américaine. « Elle va montrer qu’elle joue un rôle plus important, qu’elle peut faire plus, car c’est sa première visite en Europe à titre de vice-présidente, elle va enfin faire ici sa tournée d’introduction. Montrer qu’elle sait faire ne pourra que l’aider à sortir de l’ombre. », a indiqué Nicole Bacharan.

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