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20 ans de réclusion criminelle : Reckya Madougou se dit innocente, son avocat crache sur le Bénin sous Patrice Talon

Photo : La Conseillère Spéciale du président Faure Essozimna Gnassingbé, la béninoise Reckya Madougou, légèrement en retrait à droite du dirigeant togolais, à Abidjan, le mardi 14 juillet 2020


Alors qu’il n’a pas résisté juste quelques minutes après l’ouverture du procès de sa cliente avant de claquer la porte de la Cour de Répression des Infractions Économiques et du Terrorisme (CRIET), à Porto-Novo, la capitale béninoise, ce vendredi 10 décembre, l’avocat aux barreaux de Paris et de Genève, est monté au créneau. Me Antoine Vey, en apprenant la lourde condamnation de Reckya Madougou, depuis son pays, la France, a tiré à boulé rouge sur le Bénin que dirige le président Patrice Talon depuis le mercredi 6 avril 2016, après sa réélection en avril dernier. Laquelle élection présidentielle dont a voulu participer la candidate du parti de l’opposition Les Démocrates [formation politique de l’ancien président béninois Thomas Boni Yayi (2006-2016)] avant de voir sa candidature rejetée pour non-conformités aux exigences du Code électoral en vigueur dans le pays. Arrêtée le mercredi 3 mars, puis incarcérée le vendredi 5 mars, son dossier en institution confié au juge de la chambre des libertés de la CRIET, Essowé Batamoussi, qui a fui le pays un mois plus tard pour s’exiler en France.

« Cette Cour a délibérément décidé de clouer au pilori une innocente. »

Reckya Madougou

Mais ceci n’a pas empêché le dossier d’évoluer jusqu’à la programmation de son audience 9 mois après pour accoucher un verdict de 20 ans de réclusion criminelle et d’une amende de 75 millions de Francs CFA contre l’ancienne garde des Sceaux, ministre béninoise de la Justice du gouvernement Yayi. « Cette Cour a délibérément décidé de clouer au pilori une innocente. », a déclaré Reckya Madougou, peu avant l’annonce de sa condamnation pour « financement de terrorisme et association de malfaiteurs », qu’elle a accueillie d’un léger sourire. « Je n’ai jamais été et je ne serai jamais une terroriste. », jure l’ancienne ministre de la Microfinance, de l’Emploi des Jeunes et des Femmes, et ancienne porte-parole toujours sous le gouvernement de l’ex-chef de l’État béninois Thomas Boni Yayi. L’actuelle Conseillère Spéciale du président togolais Faure Essozimna Gnassingbé dirigeant depuis 2005 après la mort au pouvoir de son feu père, l’ancien président togolais Étienne Éyadéma Gnassingbé (1967 – 2005), a plaidé non-coupable. Son conseil français qui a quitté Porto-Novo aussitôt que prévu, charge le Bénin sous la gouvernance de Patrice Talon.

« Ce que j’ai vu au Bénin : arrivé devant la juridiction ‘’spéciale’’, il était absolument manifeste qu’il est impossible d’exercer des voies de recours internes. »

Me Antoine Vey

L’avocat de Reckya Madougou voit dans les décisions de la CRIET, l’impossibilité des voies de recours devant aucune juridiction dans le pays. « Ce que j’ai vu au Bénin : arrivé devant la juridiction ‘’spéciale’’, il était absolument manifeste qu’il est impossible d’exercer des voies de recours internes. », déclare Me Antoine Vey. « Puisque l’appareil judiciaire est totalement noyauté par le pouvoir. Il n’y a aucun formalisme, aucune procédure. », explique-t-il. « Les avocats n’ont pas chacun, une copie du dossier. Certains accusés n’ont pas d’avocats. Le Procureur ‘’Spécial’’ est à la table des ‘’juges’’. A l’ouverture, le Président écarte la demande de faire entendre des témoins. Il n’y a pas de droits effectifs de la Défense. », ajoute encore l’homme en toge noire. « Le dépôt de conclusions aux fins de nullité n’est prétendument pas prévu. Agacé par le principe même d’une prise de parole contradictoire, le Président somme de parler ‘’5 minutes’’ (là où les accusés encourent 20 ans…). », relève Me Antoine Vey, annonçant que « les recours internationaux sont en cours, mais ils prendront des mois, et le pouvoir les ignorera. »

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