Photo : La Commissaire du Développement Humain et aux Affaires Sociales de la CEDEAO, Prof Fatou Sow Sarr, à Lomé, ce jeudi 18 juin
Pour la Commissaire de la CEDEAO au Développement humain et aux Affaires sociales, la Professeure Fatou Sow Sarr, les femmes commerçantes transfrontalières demeurent les véritables artisanes de l’intégration ouest-africaine. En effet, à l’ouverture de la Quinzaine régionale consacrée au commerce transfrontalier à petite échelle, elle a livré un plaidoyer en faveur d’une meilleure prise en compte des réalités du terrain, citant notamment les expériences observées le long des corridors commerciaux reliant plusieurs pays de la sous-région, dont le Bénin. La Professeure Fatou Sow Sarr est Commissaire de la CEDEAO chargée du Développement humain et des Affaires sociales. Devant les autorités togolaises, les représentants de la CEDEAO, les partenaires techniques et financiers ainsi que les organisations de femmes commerçantes, la responsable communautaire a rappelé que l’intégration régionale ne peut être évaluée uniquement à travers les textes et les accords. « Nous avons commencé avec les corridors. Essayer de comprendre quelles sont les difficultés qu’elles rencontrent, mais en même temps échanger avec les administrations pour qu’elles puissent être sensibilisées et aidées. », a-t-elle déclaré. Revenant sur plusieurs décennies d’observation du commerce transfrontalier en Afrique de l’Ouest, elle a souligné que les commerçantes ont souvent précédé les institutions dans la construction de l’espace économique régional. « On ne peut pas parler du commerce transfrontalier sans parler des femmes. », a-t-elle insisté, saluant leur capacité à maintenir les échanges même dans des contextes parfois marqués par des tensions politiques ou administratives.
Le corridor béninois cité comme laboratoire des avancées régionales
Dans son intervention, la Commissaire a mis en avant les résultats obtenus grâce au dialogue entre les commerçantes, les services douaniers et les autorités frontalières. Les expériences menées dans plusieurs corridors régionaux, notamment ceux traversant le Bénin, ont permis selon elle d’améliorer progressivement les relations entre les usagers et les administrations. « Aujourd’hui, les femmes de la douane ont des attitudes vraiment favorables vis-à-vis des femmes, surtout les jeunes générations. », a-t-elle observé. Pour la responsable de la CEDEAO, ces progrès sont le fruit d’un long travail de sensibilisation et de formation conduit avec les organisations féminines, les administrations douanières et les différents services intervenant aux frontières. Elle a notamment salué l’engagement de certains responsables frontaliers qui ont accepté d’établir un dialogue permanent avec les commerçantes afin de résoudre rapidement les difficultés rencontrées sur le terrain.
Des obstacles qui persistent sur les routes commerciales
Malgré les avancées enregistrées, la Professeure Fatou Sow Sarr a reconnu que plusieurs défis demeurent, particulièrement sur certains axes stratégiques de la sous-région. Elle a évoqué la multiplication des points de contrôle, les barrières linguistiques, les difficultés d’accès à l’information et les lenteurs administratives qui continuent d’affecter la fluidité des échanges. Prenant l’exemple du corridor vers le Nigeria, elle a regretté que certains obstacles subsistent alors même que les textes communautaires prévoient la libre circulation des personnes et des biens. « Les textes sont là, mais souvent les acteurs n’appliquent pas ce que les textes proposent. », a-t-elle déploré. Selon elle, seule une présence régulière sur le terrain permet d’identifier ces difficultés et d’engager les réformes nécessaires.
Le rôle stratégique des chambres de commerce
La Commissaire a également insisté sur l’importance des chambres consulaires dans l’accompagnement des commerçantes. « Les chambres de commerce sont un maillon important. », a-t-elle affirmé, estimant qu’elles constituent à la fois des relais d’information, de formation et de structuration pour les femmes entrepreneures. Cette approche est particulièrement pertinente pour les commerçantes béninoises, très présentes dans les échanges régionaux et dans les activités économiques qui relient les marchés du Bénin à ceux du Togo, du Ghana, du Nigeria et d’autres pays de l’espace CEDEAO.
Une intégration portée par les peuples
L’un des messages les plus forts de son intervention a concerné la résilience des populations face aux crises politiques. La Commissaire a rappelé que, malgré les tensions observées entre certains États de la région, les populations continuent à commercer, à échanger et à maintenir les liens économiques et sociaux. « Malgré les problèmes politiques de nos États, les populations continuaient à se présenter et à échanger. », a-t-elle souligné. Pour elle, cette réalité constitue la preuve que l’intégration régionale est avant tout une dynamique portée par les citoyens eux-mêmes.
Faire des frontières des espaces de développement
En conclusion, la Professeure Fatou Sow Sarr a appelé l’ensemble des acteurs (gouvernements, administrations douanières, collectivités territoriales, chambres de commerce, partenaires techniques et financiers et organisations de femmes) à renforcer leur coopération. Selon elle, soutenir les femmes commerçantes transfrontalières, notamment celles du Bénin et des autres pays de la sous-région, revient à lutter contre la pauvreté, renforcer la sécurité alimentaire, stimuler les économies locales et rapprocher davantage les peuples de la CEDEAO. « Nous devons créer des corridors plus fluides. », a-t-elle plaidé, convaincue que l’avenir de l’intégration ouest-africaine se construira d’abord aux frontières, là où les femmes commerçantes font vivre chaque jour la communauté régionale.


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