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États-Unis : Le happy birthday de la victoire de Joe Biden à la présidentielle du 3 novembre 2020 est amer

Photo : Le président américain Joe Biden, ici lors du G20 à Rome, le vendredi 29 octobre


Très très amer. Une surprise inédite pour l’actuel locataire de la Maison Blanche à Washington. Le 3 novembre 2020, les américains ont choisi démocratiquement Joe Biden comme le président des États-Unis d’Amérique. Un an après sa victoire face à Donald Trump, Joe Biden n’a pas forcément le cœur à la fête ce mercredi 3 novembre. En effet, le 46ème président des États-Unis a subi son premier revers majeur dans les urnes avec l’élection du candidat républicain au poste de gouverneur de Virginie, lors d’un scrutin qui apparaît comme un vote sanction contre le dirigeant démocrate. État limitrophe de la capitale Washington DC, fournisseur de présidents américains, la Virginie n’est pas à négliger. Pour preuve, Joe Biden, Kamala Harris et même Barack Obama ont fait le déplacement pour soutenir le candidat démocrate Terry McAuliffe, déjà aux manettes entre 2014 et 2018. Mais cela n’a pas suffi. Dans un État où les démocrates ont plus souvent dirigé que les républicains, État où Joe Biden s’est imposé avec environ 500.000 voix d’avance sur Donald Trump, le prochain gouverneur, Glenn Youngkin, sera républicain pour la première fois depuis 2009. Dans le New Jersey où une élection similaire a eu lieu, les candidats sont au coude à coude, alors même que l’État est considéré comme un acquis des démocrates. Une bonne partie des virginiens ont profité de cette élection pour faire un référendum contre l’administration Biden. Ainsi la Virgine s’apparente à un « microcosme » des États-Unis. Biden est au plus bas dans les sondages (54% des américains désapprouvent sa politique selon un récent sondage de NBC News) et cela se répercute sur les candidats démocrates. Des facteurs purement locaux ont bien sûr aidé à la victoire républicaine (Youngkin est un enfant du pays, à l’inverse de McAuliffe, parachuté par le parti démocrate), mais des explications sont aussi à chercher dans les enjeux nationaux et internationaux du début de mandat de Biden. Ils illustrent la rupture inéluctable des américains, notamment les « électrons libres », acquis à aucun parti et dont le vote varie, avec le président actuel et sa politique.

Biden confronté à deux crises entre avril et juillet

Premier écueil pour le président américain. Trois mois après son entrée en fonction, soit en avril, Joe Biden doit faire face à une crise migratoire d’ampleur. Après la politique inhumaine et controversée de son prédécesseur, le dossier est à double tranchant pour Joe Biden qui doit se démarquer. Il n’y arrivera pas et ne satisfera personne. L’opinion publique américaine est marquée par les chiffres record des entrées illégales sur le territoire américain et par les images de milliers de personnes en attente à la frontière avec le Mexique. Les républicains accusent le président d’avoir provoqué un « appel d’air » en assouplissant les mesures draconiennes de Trump. Les démocrates, et surtout l’aile la plus progressiste du parti, l’accusent de minimiser la crise et s’indignent du maintien des quotas hérités de l’administration précédente. Puis juillet, le Coronavirus s’en mêle. Il est à souligner que Joe Biden a réussi à se faire élire en partie grâce à sa position à rebours de Donald Trump sur la gestion de la crise sanitaire mondiale. Optimiste, le président américain encourage dès le mois de mars les américains à retrouver les barbecues et feux d’artifices traditionnels du 4 juillet, tandis que la Maison Blanche affirme que la fête nationale marquera aussi « l’indépendance » des États-Unis vis-à-vis de la pandémie.

En août, Kaboul « enfonce le clou »

La gestion de la crise sanitaire demeure le dossier dans lequel Joe Biden a encore une majorité d’approbation aujourd’hui, même si cette majorité est très faible par rapport à ce qu’elle a été auparavant. Mais pendant que l’occupant du bureau ovale ne se contente de cette majorité, c’est Kaboul qui s’invite en août, plus précisément le 15 août (date de la fête de l’igname ici à Porto-Novo). C’est le boulet que le président américain traînera du début à la fin de son mandat. Le retrait désastreux des américains de l’Afghanistan, marqué par l’attentat de l’aéroport de Kaboul et l’abandon, même temporaire, de certains de leurs alliés sur place a porté un coup presque fatal à l’image de Joe Biden dans son pays. Et d’image il a notamment été question lorsque plusieurs observateurs n’ont pas hésité à dresser un parallèle avec l’évacuation de civils lors de la chute de Saïgon au Vietnam en 1975. En Virginie, où les familles de militaires et bases de l’armée sont nombreuses, le dossier afghan fait partie des sujets qui ont porté le républicain à la victoire. Eh bien, au regard du goût amer de son anniversaire, il est clair que le portrait qui avait été fait de Biden pendant la campagne est en train de se fissurer depuis plusieurs mois. Comme quoi, Joe Biden est de plus en plus perçu comme incompétent, et les électeurs doutent de lui sur le plan international. Après l’Aghanistan, la crise des sous-marins face à la France, allié de longue date, n’a fait que renforcer la tendance. 

Des promesses, des attentes

Outre le Covid, Joe Biden s’est aussi fait élire en promettant de gommer toute trace de l’administration Trump. Il s’y est attelé (le retour dans l’accord de Paris est l’exemple le plus parlant), mais il n’a fait que ça, où presque. À l’exception de l’American Rescue Plan (le plan de relance post-Covid voté en février), les grandes réformes promises par le candidat-président n’ont jamais abouti. Aux oubliettes, le projet de taxation des plus riches et la réforme de la police attendue après le meurtre de George Floyd, pour ne citer que deux des plus emblématiques. Quant à son plan d’investissements d’ampleur (sur les infrastructures et un second volet social et climatique, baptisé « Build Back Better ») ils sont pour l’instant bloqués au Congrès, à la fois par les républicains qui les jugent démesurés, et par l’aile gauche démocrate pour qui ils sont insuffisants.

Le réveil des espoirs républicains ?

Les difficultés sur ces deux plans majeurs résument parfaitement les premiers mois du mandat Biden, un président qui ne satisfait presque personne et mécontente beaucoup. Il est important de rappeler que Joe Biden est dans une situation très particulière, parce que c’est un président extrêmement affaibli sur tous les plans, avec des majorités à la Chambre et au Sénat qui sont des plus fines. Et sans majorité forte, il ne peut rassurer suffisamment ni d’un côté ni de l’autre : L’aile gauche démocrate sent que Biden peut devoir céder sur certains points. De l’autre côté, les républicains profitent du mécontentement d’une bonne partie de la population. Pour les républicains, la victoire en Virginie est un signe de bon augure après la défaite de Trump et les déchirures autour de sa personne. Elle n’est pas non plus sans rappeler 2009, année où la défaite des démocrates en Virginie avait préfiguré la vague rouge lors des élections de mi-mandat, et la perte du Congrès pour Obama. De quoi donner des espoirs pour les prochaines en 2022. Toutefois, le basculement de la Virginie cache aussi une autre réalité : le vote sanction ne s’applique pas uniquement à Joe Biden, mais à toute la classe politique américaine. De plus en plus, les américains sont mécontents du choix électoral qui leur est proposé, ils n’ont plus qu’une seule façon d’exprimer leur mécontentement : c’est de voter pour l’autre parti pour sanctionner celui qui est au pouvoir, quel qu’il soit. Il convient de noter qu’en février dernier, un sondage de l’institut Gallup a montré que 62% des américains interrogés étaient favorables à la création d’un troisième parti, un chiffre record.

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